/news/politics
Populaire

Sortie musclée de MarieChantal Chassé sur la place des femmes en politique

Geneviève Lajoie - Le Journal de Québec

COURTOISIE

La députée MarieChantal Chassé a fait une sortie musclée au caucus de la CAQ pour encourager les femmes à s’exprimer davantage au sein du gouvernement Legault. Tour de table sur la place des femmes en politique et du chemin qui reste à faire.

Exclue du Conseil des ministres en début d’année, la députée de Châteauguay a profité de la réunion des élus caquistes visant à préparer la rentrée parlementaire à la mi-septembre pour passer son message.

« Je voulais accentuer la prise de conscience auprès de tous, comme je le fais depuis des années, que les femmes, encore aujourd’hui, certaines ont une gêne à aller s’affirmer en avant. C’est sociétal », précise-t-elle, en entrevue.

Mme Chassé a été « autorisée » à nous expliquer ses motivations, même si son allocution était destinée à ses collègues caquistes et devait initialement demeurer confidentielle.

Selon l’ingénieure, les femmes ont souvent besoin d’être davantage encouragées que les hommes à prendre leur place. « C’était comme une façon de les encourager à venir donner leur opinion, leur dire ‘‘les filles, let’s go, on est capable’’ ».

Sa collègue Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, assure que les femmes prennent la parole autant que les hommes dans les rangs caquistes. « Je n’ai pas du tout la perception que les femmes se briment ou s’empêchent de parler au caucus », dit-elle.

L’ancienne olympienne croit néanmoins qu’il reste encore du chemin à parcourir pour que les femmes occupent la place qui leur revient à l’Assemblée nationale. Elle signale que beaucoup de femmes « s’empêchent » encore de faire de la politique, soit par manque de confiance en elles ou en raison de la difficile conciliation famille-travail.

C’est ce qui explique notamment le recrutement ardu de candidates aux élections. « Je suis le meilleur exemple. Je n’aurais jamais levé la main, on est venu me chercher par deux ou trois fois ».

Faire partie du boys club

La députée péquiste Véronique Hivon rappelle que les premières générations de politiciennes ont dû se « fondre dans le moule » et adopter des comportements typiquement masculins pour faire leur place.

« Elles devaient montrer qu’elles pouvaient faire partie du boys club ». Maintenant que le Parlement compte 40 % de femmes, les élues peuvent faire de la politique à leur image, insiste Véronique Hivon. « La force du nombre, ça devrait nous permettre, (...) d’être pleinement nous-mêmes comme femmes avec toutes nos valeurs, et nos manières de faire qui, des fois, sont comme les hommes, parfois différentes ».

Députée depuis dix ans, Mme Hivon est à même de constater une évolution dans les mentalités. Mais les mesures de conciliation politique-travail se font encore attendre, que ce soit une garderie au parlement ou des congés de maternité/paternité pour les élus.

Moins le droit à l’erreur

La péquiste et la députée libérale Marwah Rizqy sont toutes deux d’avis que les femmes ont moins le droit à l’erreur que les hommes en politique.

La députée de Saint-Laurent rappelle l’exclusion expéditive de MarieChantal Chassé du Conseil des ministres en raison de ses difficultés à communiquer avec les journalistes, alors que son collègue André Lamontagne est toujours en poste malgré des controverses à répétition en début de mandat.

« On a vraiment la mèche courte lorsque c’est une femme qui peut trébucher », selon Mme Rizqy. C’est certainement ce qui amène les politiciennes à se préparer davantage que leurs collègues masculins dans leurs dossiers respectifs, croit-elle. « Quand il est question de chiffres, on leur en demande plus (aux femmes) », ajoute-t-elle.

La députée solidaire Christine Labrie souligne que le gouvernement Legault a d’ailleurs confié les rênes des dossiers qu’il juge importants à des hommes. Les ministres femmes ont déposé moins de projets de loi et sont moins visibles sur la place publique, insiste-t-elle.

« Dans les responsabilités qui leur ont été confiées, il y a eu une volonté d’inclure les femmes dans le cabinet ministériel, mais on a délibérément confié à des hommes les dossiers jugés prioritaires par le gouvernement, par exemple tous les dossiers liés aux finances, à l’économie. Ils ont dit que leur priorité c’était l’éducation, ils ont mis un homme à l’Éducation ! », soutient Christine Labrie.

Ce que pense la ministre de la condition féminine, Isabelle Charest

Les femmes ont-elles moins le droit à l’erreur que les hommes ?

« Je n’ai pas cette impression. Moi, je n’ai pas l’impression qu’on est plus jugées ou scrutées parce qu’on est des femmes »

Sur la conciliation famille-politique

« Dans notre caucus, on a deux papas qui ont la garde partagée de leurs enfants et se permettent de manquer des réunions parce qu’ils ont les enfants. Je trouve ça intéressant que les hommes le fassent, je ne suis pas sûre que les femmes le feraient, alors ça, peut-être que tranquillement, ça va légitimer les femmes à prendre cette place qui est tout à fait normale »

Est-ce que notre société est parfaitement égalitaire ?

« On n’est pas là, non, clairement, on le voit dans les statistiques, le salaire des femmes est plus bas, les conditions des femmes sont plus précaires, il y a encore des choses à faire, clairement. Il faut travailler ensemble pour aller chercher ces derniers acquis-là »