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Evo Morales est arrivé au Mexique

Agence France-Presse

L'ex-président bolivien Evo Morales a promis mardi de poursuivre «la lutte», à son arrivée au Mexique qui lui a accordé l'asile politique après sa démission à l'issue de trois semaines de contestation violente, tandis qu'à La Paz le Sénat devait désigner un chef de l'État par intérim.

L'avion militaire mexicain qui transportait M. Morales s'est posé à l'aéroport de Mexico peu après 17h GMT, à l'issue d'un périple rocambolesque de seize heures au gré des ordres et contrordres des pays latino-américains survolés.

«La lutte continue», a promis M. Morales, pantalon noir et polo bleu, affirmant qu'il ne cesserait de «faire de la politique». «Tous les peuples ont le droit de se libérer», a dit celui qui a longtemps incarné un symbole d'émancipation pour les populations indigènes de son pays.

Il a aussi remercié Mexico de lui avoir «sauvé la vie».

Il était notamment accompagné de l'ancien vice-président Alvaro Garcia Linera et de l'ex-ministre de la Santé, Gabriela Montaño.

«Frères et soeurs, je pars pour le Mexique», avait twitté lundi soir Evo Morales, qui a démissionné dimanche après avoir été lâché par l'armée. «Ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques, mais (...) je reviendrai bientôt avec plus de force et d'énergie».

Le chef de l'État s'était retrouvé de plus en plus isolé tandis que la crise politique s'accélérait soudainement en Bolivie, où une grève générale et les manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours

Sur une photo diffusée via Twitter par Marcelo Ebrard, on voit l'ex-chef de l'État dans un avion déployant un drapeau mexicain.

Le ministre mexicain avait assuré plus tôt que son gouvernement avait été sollicité par M. Morales : «Il nous a demandé verbalement et de façon officielle de lui accorder l'asile politique».

«Sans gouvernement»

«Après avoir pillé et tenté d'incendier ma maison à Villa Victoria, des groupes de vandales des putschistes [Carlos] Mesa et [Luis Fernando] Camacho ont fait irruption chez moi dans le quartier de Magisterio à Cochabamba. Je suis très reconnaissant à mes voisins qui ont arrêté ces raids», a twitté Evo Morales, 60 ans.

M. Mesa est le candidat d'opposition qui réclamait un second tour à la dernière élection présidentielle et M. Camacho le fer de lance de la révolte populaire contre le résultat du scrutin de fin octobre, jugé frauduleux.

Dans la foulée du président socialiste, ont également démissionné les successeurs prévus par la Constitution, à savoir le vice-président Alvaro Garcia Linera, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés.

C'est donc la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, issue de l'opposition, qui a revendiqué la présidence par intérim, disant mardi espérer être désignée par la Chambre haute, où les partisans d'Evo Morales sont cependant majoritaires (19 des 36 sièges).

«Nous ne pouvons pas être sans gouvernement», a déclaré aux médias en arrivant au parlement cette sénatrice de 52 ans.

Une élection présidentielle doit être convoquée dans les 90 jours suivant la démission du chef de l'État, selon la Constitution.

Dans les rues, un tel climat de violence s'est installé que la police, s'estimant «dépassée» par la situation, a demandé lundi l'aide de l'armée.

La police a également annoncé la mort du colonel Heybert Antelo, chef des forces du maintien de l'ordre de La Paz qui s'étaient mutinées samedi. L'officier a succombé à ses blessures après un accident de moto provoqué par une «embuscade» de partisans d'Evo Morales, selon son successeur le colonel Rojas.

Les forces de l'ordre ont été déployées dans La Paz, tandis que des partisans d'Evo Morales se concentraient sur la place San Francisco, non loin du Parlement.

L'Organisation des États américains (OEA) doit quant à elle avoir mardi à Washington une réunion sur la situation en Bolivie. De son côté, la France a appelé «au calme et à la retenue toutes les autorités de transition».

Dimanche soir, des milliers de Boliviens avaient célébré dans les rues le départ d'Evo Morales, après la vague de contestation au cours de laquelle trois personnes ont été tuées et 383 ont été blessées.

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