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«Sentences bonbons» aux pimps

Valérie Gonthier

 - Journal de Montreal

Photo Ben Pelosse

Une des solutions pour éradiquer l’exploitation sexuelle des jeunes femmes serait d’envoyer les proxénètes derrière les barreaux plus longtemps, insistent des experts.

«Lorsqu’on entend parler de peines de cinq ou sept ans, on se dit : “quelle chance !” En ce moment, on voit plus des sentences de trois ans environ», déplore la criminologue Maria Mourani.

Le Journal rapportait le week-end dernier qu’au Québec, plusieurs voix s’élèvent pour qu’on déclare la guerre à ces criminels qui profitent de jeunes femmes pour s’enrichir.

Et pour ce faire, il faut garder les proxénètes à l’ombre le plus longtemps possible, déclare Mme Mourani.

«Ils doivent avoir des sentences conformes aux actes commis», lance-t-elle.

Sanctionnée l’été dernier à Ottawa, la loi C-75 prévoit des dispositions mises de l’avant par l’ancienne députée dans son projet de loi C-452, dont une qui éviterait que les victimes de traite de personne doivent témoigner contre leur bourreau.

Sentences bonbons

Mais une disposition quant aux peines consécutives a par contre été écartée par les libéraux, se désole Mme Mourani.

«D’un côté, nous avons des victimes polytraumatisées et de l’autre, des proxénètes qui sortent de prison au bout de peu de temps. Il faut rendre justice aux victimes qui subissent des actes abominables», insiste-t-elle.

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu milite aussi pour les peines consécutives, c’est-à-dire que chaque peine pour chaque crime devrait s’additionner plutôt que d’être purgée en même temps, de façon concurrente.

«Tant et aussi longtemps que ces proxénètes vont avoir des sentences bonbons pour avoir empoché des revenus faramineux, ils vont continuer», déplore-t-il.

Pris au sérieux

La juge à la retraite Nicole Gibeault est aussi d’avis que de longues sentences ont un effet «dissuasif». Mais elle rappelle que la loi prévoit des peines individualisées, évaluant les antécédents ou les facteurs aggravants et atténuants.

«Parfois, juste à lire les faits, on voudrait l’envoyer en prison à vie. Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. On a un Code criminel, avec des balises», dit-elle.

Elle soutient que la peine minimale de cinq ans imposée à un pimp qui a exploité une mineure prouve que ce crime est «extrêmement pris au sérieux».

«Si tous les événements, même s’ils se sont déroulés sur plusieurs années, ont eu lieu en une seule transaction, le tribunal n’imposera pas une sentence pour chaque élément, mais bien pour l’ensemble du crime», précise-t-elle.

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