/news/law

SNC-Lavalin peinait à se faire payer en Libye

Jean-François Cloutier

 - Journal de Montreal

Sami Bebawi

Photo d'archives, Martin Alarie

Sami Bebawi

SNC-Lavalin avait le plus grand mal à se faire payer pour un important contrat en Libye avant qu’un des fils du dictateur Mouammar Kadhafi s’en mêle, selon un ancien vice-président de l’entreprise.

«On a fait presque 50% des travaux sans être payés», a raconté André Béland, ex-cadre de la filiale internationale de SNC au sujet d’un projet de transport d’eau de la nappe phréatique du désert vers des villes en Libye.

André Béland témoignait ce lundi au procès pour fraude et corruption de Sami Bebawi, un ancien vice-président de SNC-Lavalin.

Ce dernier a expliqué que l’entreprise de génie montréalaise avait beaucoup de mal à obtenir les autorisations requises pour utiliser des matériaux en Libye et que les exigences du client étaient très élevées. «Il n’y avait aucune tolérance. [...] Comme on ne pouvait pas faire la mise en eau, on n’était pas payés», a-t-il expliqué.

À un moment, André Béland a indiqué que l’entreprise s’est retrouvée avec un découvert de 100 millions de dollars sur ce projet, baptisé Tazerbo. «C’était stressant pour tout le monde», a-t-il dit.

Le patron se déplace

Le grand patron de SNC, Jacques Lamarre, se serait même déplacé personnellement en Libye à la fin des années 1990 pour exercer de la pression, selon le témoin. «M. Lamarre est venu sur le terrain. Il est venu rencontrer tout le monde. Pour lui, c’était complètement inacceptable», a-t-il dit.

André Béland a décrit le client de SNC dans ce projet, la Great Man Made River Authority (GMRA), comme l’équivalent d’Hydro-Québec en Libye.

Après avoir complété le projet, SNC a fait parvenir une réclamation d’une somme d’environ 120 à 130 millions de dollars à la GMRA, selon le témoin, pour demander un dédommagement pour les retards et les dépassements de coûts.

«Tout le monde était d’accord [sur la réclamation au sein de la GMRA] mais personne ne voulait prendre de décision», a expliqué le témoin Béland.

Les choses ont rapidement changé, selon le témoin, après que Riadh Ben Aïssa et lui se furent rendus dans une caserne militaire pour rencontrer le grand patron de la GMRA. Ben Aïssa aurait confié que la voiture qui les y amenait, une BMW de grande taille, était celle de Saadi Kadhafi, fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. «Il y avait cinq postes de contrôle [pour atteindre la caserne]. Le monde [était] au garde-à-vous et ça passait», a-t-il commenté. Le témoignage d’André Béland doit se poursuivre mardi.

Dans la même catégorie