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«Tu n’es pas juste un client, tu es un abuseur»

Valérie Gonthier | Le Journal de Montréal

STOCKQMI-POLICE LAVAL

Sylvain Denis/AGENCE QMI

Lorsqu’il est question de prostitution juvénile, le mot « client » devient tabou au sein de la police de Laval, qui a multiplié les opérations ces dernières années pour épingler des hommes qui désiraient acheter les services sexuels d’une mineure.     

« Tu n’es pas juste un client, tu es un abuseur. Coucher avec des mineures, c’est un acte criminel », tonne l’adjoint au chef de police de Laval, Dany Gagnon.     

Pour enrayer le fléau de l’exploitation sexuelle, plusieurs s’entendent pour dire qu’il est nécessaire de s’attaquer à la demande.     

Et à la police de Laval, on estime qu’il faut frapper sur les abuseurs qui ciblent précisément des adolescentes pour assouvir leurs pulsions sexuelles.     

« Ces victimes, ce sont des jeunes filles qui sont tombées dans un stratagème malsain qui mène à de l’exploitation sexuelle au sens pur. Et c’est extrêmement difficile pour elles de s’en sortir », expose-t-il.     

Trop banalisé  

Il rappelle que 80% des femmes impliquées dans la prostitution ont débuté alors qu’elles étaient mineures.     

Selon lui, l’angle des clients, qui sollicitent les services de jeunes victimes, a trop longtemps été banalisé. Et c’est pourquoi il insiste pour marteler le message.     

« Parce que si on sort une victime des mains d’un proxénète et qu’on arrête cet exploiteur, qu’arrive-t-il s’il y a encore de la demande ? » questionne l’officier Gagnon.     

Depuis 2016, la police de Laval a arrêté près de 40 individus qui avaient tenté d’acheter les services sexuels de jeunes de moins de 18 ans.     

De ce nombre, 11 ont été trouvés coupables et ont écopé d’une peine de six mois d’emprisonnement.     

À la commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, la semaine dernière, le chef de police de Laval, Pierre Brochet, a plaidé pour qu’une campagne à l’échelle nationale soit mise en place pour cibler les abuseurs, afin de rendre ces crimes « odieux » et « inacceptables ».     

Le sociologue Michel Dorais est aussi d’avis que des actions contre les clients sont nécessaires. « La cause de l’exploitation sexuelle des jeunes n’est pas du côté des jeunes, mais du côté de ceux qui abusent d’eux et d’elles, bien sûr », dit-il.