/news/law

Un pimp qui jouerait les bons samaritains

Michael Nguyen

 - Journal de Montreal

Photo Chantal Poirier

Un ancien employé d’une polyvalente accusé de proxénétisme est loin d’être le bon samaritain qu’il prétend être, a mis en garde la Couronne en demandant un verdict de culpabilité.

«Son témoignage a été cousu de fil blanc, forgé de toutes pièces ; il se dépeint comme le Robin des Bois de Montréal-Nord, c’est une fabrication complète et totale», a lancé le procureur Pascal Dostaler, hier au procès de Denis Désiré.

Ce dernier jure pourtant avoir seulement voulu aider une jeune femme dans le besoin.

Désiré, 45 ans, est l’ancien responsable de la sécurité à l’école secondaire Calixa-Lavallée, dans l’arrondissement de Montréal-Nord. Et selon la Couronne, il aurait utilisé un modus operandi classique de proxénètes, tel que Le Journal en a fait état dans un dossier publié dans les derniers jours.

Tout a commencé quand Désiré a rencontré sa présumée victime alors qu’elle n’avait que 15 ans. L’adolescente dansait déjà nue, mais ce n’est qu’à sa majorité que l’accusé aurait déployé ses griffes pour en faire une prostituée.

«Il y a eu la séduction, puis [la victime] tombe en amour et une fois attachée émotivement, il va en profiter, a résumé Me Dostaler. M. Désiré avait une aura, un standing. Il lui a offert des cadeaux, il a aidé la famille [de l’ado], il lui a fait croire qu’ils étaient en couple.»

Ontario, Manitoba et Alberta

Mais tout aurait changé en décembre 2014, quand Désiré aurait incité la jeune femme à se prostituer, au Québec, mais aussi en Ontario, au Manitoba et en Alberta.

Textos à l’appui, la Couronne a plaidé que c’est Désiré qui s’occupait de louer les lieux de prostitution et que c’est lui qui était en contact avec les clients.

La victime alléguée s’est également fait tatouer le nom de son présumé pimp, comme le veut une pratique courante dans le milieu du proxénétisme.

«Il n’avait pas besoin de la forcer», a souligné Me Dostaler.

De son côté, Désiré s’est plutôt présenté comme une personne qui voulait surtout aider la jeune femme, qui était pratiquement à la rue quand il l’a rencontrée.

«Je lui avais dit que j’allais l’aider et elle m’avait dit qu’elle allait travailler, a-t-il dit. Elle avait dit être danseuse, jamais elle n’a parlé de prostitution.»

Des prêts

Et si des messages textes indiquent que Désiré réclamait de l’argent, c’est parce que la jeune femme devait lui rembourser des prêts, a plaidé lundi l’avocate de la défense, Roucha Oshriyeh.

«M. Désiré lui a prêté de l’argent, il l’aidait pour faire l’épicerie... C’est elle qui a dit à M. Désiré avoir besoin d’aide pour sortir de la rue», a plaidé la criminaliste.

Quant aux tatouages, rien n’indique que cela ait un lien avec le proxénétisme, a ajouté Me Oshriyeh en rappelant que Désiré lui-même s’était fait tatouer le nom de certaines ex-conjointes.

Le juge Pierre Labelle rendra son verdict en janvier.

Dans la même catégorie