/news/politics

Le faux combat du coton ouaté ou vive mes talons aiguilles!

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Cette mobilisation du coton ouaté, en solidarité avec Catherine Dorion, me laisse perplexe. Est-ce que vraiment le combat pour l’égalité des femmes est tellement avancé que tout ce qu’il reste à accomplir est de résoudre le dilemme tailleur-coton ouaté ?

Les instigatrices de cette journée surréelle nous expliquent qu’il faut nous mobiliser contre le contrôle des femmes par l’habillement. Les féministes ajoutent que c’est une bonne idée, car il faut mettre un terme à la dictature du «bon costume pour jouer le bon rôle». La «tenue de bureau» serait une camisole de force qui ne sert qu’à nous rassurer sur notre propre compétence.

Je l’aime mon tailleur!

Moi qui me croyais féministe, j’en prends pour mon rhume depuis une semaine! À en écouter certaines, je devrais avoir honte que parfois mon uniforme de journaliste télé me donne du courage, comme une armure face au défi qui m’attend. Et alors?

Voyez-vous, je les adore mes talons aiguilles. J’ignore pourquoi, mais leur inconfort me rappelle la discipline intellectuelle dont je dois faire preuve en ondes.

Et même si je n’ai aucun intérêt pour la mode, je tente tant bien que mal de choisir les bons tailleurs pour les bons rendez-vous. Soirée électorale, budget, discours du trône, assermentation du nouveau gouvernement. Ce sont comme de grands rendez-vous qui méritent une tenue d’occasion. Il y a les tenues de semaine, celles plus décontractées du vendredi. Et quand je n’ai pas le goût d’y penser, ce qui est assez fréquent, j’ai trouvé une solution: la robe! C’est aussi simple que le coton ouaté!

Et ce que ça veut dire qu’il serait plus courageux et libéré de me pointer devant la caméra en mou? Je l’ignore, mais je suis convaincue d’une chose, le combat pour l’égalité des femmes passe par d’autres enjeux!

Deux poids deux mesures

Il est vrai que l’habit ne fait pas le moine. Catherine Dorion et ses émules ne sont pas incompétentes parce qu’elles arborent fièrement le coton ouaté. Pas plus que la cravate est garante du talent et du bon jugement des hommes.

Mais ce n’est pas la révolution du mou qui va changer cette réalité. Car le jugement sévère que l’on porte envers les femmes dépasse largement leur habillement.

Si c’est vrai que quand une femme dérange, on l’attaque sur son apparence, on l’attaque aussi, d’une façon bien plus insidieuse, d’une foule d’autres façons. C’est encore plus vrai dans les cercles politiques.

Là où les hommes ont du caractère, elles sont entêtées. Là où les hommes sont passionnés, elles sont hystériques et agressives. Là où les hommes ont du front, elles sont arrogantes. Là où les hommes consultent, elles hésitent. Là où ils sont disciplinés, elles sont froides. Parlez-en à Sheila Copps, Pauline Marois, Dominique Anglade, Marwah Rizqy et Véronique Hivon, pour ne nommer que celles-là....

Diviser les femmes

La révolution du coton ouaté ne changera rien à cette réalité. Pire, elle divise les femmes.

D’un côté celles qui osent s’habiller en mou, de l’autre celles qui préfèrent les tailleurs et le mascara. Et entre les deux, celles qui ont d’autres combats à mener.

En choisissant le coton ouaté, c’est vrai, Catherine Dorion revendique le droit à sa différence. Mais elle le fait en portant un jugement sur toutes ses collègues de l’Assemblée nationale qui n’ont pas sa graine de révolutionnaire.

Elle renonce ainsi au front commun que ces dizaines de femmes qui, chacune à sa façon, revendique le droit de faire de la politique différemment, sans se soumettre aux règles du Boys Club.

Si le but c’est d’attirer davantage de femmes de tous les horizons en politique, quel combat compte le plus? Le code vestimentaire ou une halte-garderie à l’Assemblée nationale et des congés de maternité/paternité pour les élus? Les coups de gueule ou une approche moins machiste à la joute partisane ou encore une réforme du mode de scrutin?

Si le but, c’est une société plus égalitaire et plus juste, qu’est-ce qui compte le plus? Le droit d’aller travailler en mou ou des programmes sociaux plus adéquats? Le droit de faire dur ou une éducation publique de qualité?

C’est l’ultime ironie de cette tempête du coton ouaté. Ses airs de quête pour l’égalité occultent les vrais enjeux entourant l’avancement des femmes en politique et ailleurs. Et après ça on nous reprochera de nous laisser instrumentaliser par les codes vestimentaires!

Dans la même catégorie