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«Héritage» à la Maison symphonique : il ne manquait que Félix

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

STEVE MADDEN/AGENCE QMI

On imagine sans peine le moment de grâce qu’il aurait su créer si Félix Leclerc avait jadis eu la chance de se produire avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans la demeure de celui-ci, à la Place des Arts.

Mercredi, dans la somptuosité de la Maison symphonique, il ne manquait que lui. Quelques-uns de ses descendants spirituels, 70 musiciens et le prodige Simon Leclerc à la direction musicale, se sont approprié l’œuvre du plus grand de nos chansonniers dans le spectacle «Héritage».

La poésie de Félix Leclerc, mariée aux envolées symphoniques de l’OSM et aux voix aussi puissantes que respectueuses des Marie-Denise Pelletier, Marie-Élaine Thibert, Salomé Leclerc, Émile Bilodeau, Matt Holubowski et autres talents, dont certains n’étaient même pas nés quand la légende est décédée: le résultat promettait d’être éblouissant. Il l’a été. En toute sobriété.

Communion

Le projet «Héritage» a vu le jour l’an dernier, quasi jour pour jour, sous la forme d’un album du même titre. Des artistes de moins de 30 ans - n’ayant donc jamais connu Félix vivant - y relisaient le répertoire du monument de 105 ans, à l’occasion des 30 ans de son départ.

Simon Leclerc («aucun lien de parenté avec Félix Leclerc», a-t-il précisé dans son mot de bienvenue, mercredi), grand magicien des rendez-vous pop de l’OSM, signait les arrangements de l’opus, porté par un quintette à cordes justement arraché à l’OSM le temps de l’enregistrement.

La suite logique était donc d’entraîner ces jeunes admirateurs du pionnier sur scène, et d’autres, plus âgé(e)s, pour personnifier ses mots devant public, en totale communion.

En ce premier tour de chant de deux soirs à la Maison symphonique, ils sont venus relater brièvement leur premier contact avec Félix et pousser l’éloge en mélodie, dans un esprit feutré ou, à l’autre bout du spectre, grandiloquent.

«Pour moi, Félix est un gourou, un guide, une sorte de deuxième père», a glissé Émerik St-Cyr, du groupe Mon Doux Saigneur, avant d’entonner «Notre sentier».

Menue dans l’immensité du déploiement symphonique, Salomé Leclerc a raconté qu’elle s’amusait autrefois, lorsqu’elle était enfant, à reprendre «Le petit bonheur» avec ses deux frères «un peu punk».

«Ça donnait "les p’tits Leclerc chantent Leclerc", version heavy métal», a-t-elle illustré, avant de déclamer doucement, de façon vaguement théâtrale, mais très humble, une «Présence» qu’elle a parfaitement habitée.

Ovation

D’un pas princier, Marie-Denise Pelletier s’est amenée pour offrir sur un plateau d’argent une revisite ô combien incarnée du mythique «Petit bonheur». La dame fut joyeuse et coquine aux couplets sautillants sur les aigues de l’OSM, envoûtante et grave comme elle seule sait l’être au refrain.

L’harmoniciste Pierre Parent a réinventé «Bozo», son petit appareil aux lèvres. Une Marie-Élaine Thibert souveraine, qui a baptisé sa fille, Marie-Félix, à la mémoire du géant, a ensuite personnalisé «Sors-moi donc Albert», généreusement saupoudrée des effets rythmiques des instrumentistes.

Puis, elle est revenue fermer la première partie, en duo avec Marie-Denise Pelletier, toujours en forme, sur «Hymne au printemps». Saluée, sans surprise, d’une grande ovation.

Au retour de l’entracte, Émile Bilodeau, admirateur avoué de Félix Leclerc, son «grand-père au regard bleu qui monte la garde», a saccadé les paroles d’une «100 000 façons de tuer un homme» qui lui colle à la peau.

Le concert «Héritage» est de nouveau présenté à la Maison symphonique ce jeudi 14 novembre.