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Québec lance un projet pilote pour subventionner les garderies privées

Jean-François Tremblay | TVA Nouvelles

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe a indiqué mercredi qu’un projet pilote sera mis en branle pour subventionner les garderies privées.

Les parents pourront par la même occasion profiter du tarif unique à 8,25$.

«C'est un pas de géant. C'était demandé depuis des années. Nous, on ouvre la porte. J'ai mis sur pied un comité de travail pour savoir quels seront les critères du projet-pilote» a déclaré le ministre.

Pour l’instant, on ignore combien de garderies privées non subventionnées seront converties, sur quels critères, à quels endroits et pendant combien de temps dans le cadre de ce projet pilote.

«Il faut faire les choses dans l'ordre. La précipitation, ce n'est pas bon. Il faut consulter nos partenaires» a ajouté le ministre Lacombe.

Il a ajouté l’orientation finale de son gouvernement.

«L'idéal vers lequel il faut tendre, je pense, c'est d'arriver, un jour au Québec, avec un système qui sera entièrement subventionné où les CPE vont côtoyer les garderies privées subventionnées.»

Une minorité de garderies pour le projet pilote

Le projet pilote crée beaucoup d'inquiétudes à l’effet qu’une minorité de garderies privées non-subventionnées seront financées, soit 5% d’entre elles, d’après des informations relayées dans le milieu.

«C'est juste une minorité qui sera touchée par le projet pilote. Et en attendant, les autres elles font quoi? C'est ça qui nous dérange» affirme la directrice et propriétaire de la garderie l’Univers des Tout P’tits de La Baie au Saguenay.

Les garderies exclues du projet pilote craignent de perdre des parents puisque leurs tarifs seront les plus élevés.

«On a peur que les parents aillent dans d'autres garderies. Les parents, on les aime. Les enfants aussi. On veut vraiment garder notre clientèle» a expliqué une éducatrice à l’Univers des Tout P’tits, Jennifer Simard.

Sa collègue Claudia Rhainds abonde dans le même sens.

«C'est un projet pilote. On est comme dans l'inconnu. Est-ce que nous, on va être pris? Combien de temps va durer le projet pilote? C'est sûr que le tarif est pas mal élevé ici. Si on continue comme ça, le risque de perdre des parents est présent» estime-t-elle.

Inquiétude pour les parents

La direction de la garderie s’inquiète aussi pour les parents.

«Ce qui nous dérange le plus, c'est que ce ne soit pas équitable pour les parents. Pour eux, qu'ils soient en installation ou dans un CPE, ils devraient tous payer la même chose» estime Nadia Boudreault.

Une mère rencontrée sur place, Émilie Gagnon, se demande si ça vaudra la peine, pour elle, de continuer à travailler si sa garderie n’est pas subventionnée.

«Je travaille au salaire minium. Il y avait un montant d’argent pour nous aider à payer la garderie. Moi, je ne peux plus aller travailler. Dans un sens, ça ne sert à rien.»

L’autre préoccupation, c’est de perdre du personnel, car les garderies privées non subventionnées n’offrent pas les mêmes conditions que les CPE publics et les garderies privées, faute de moyens.

«Nous, on veut être toutes égales. On veut avoir le même salaire que les garderies privées. On veut que notre travail soit reconnu à sa juste valeur» affirme Jennifer Simard.

«Les diplômes sont les mêmes, mais on est moins payées. Les conditions sont moins bonnes qu'ailleurs. Quand tu as une offre d'aller travailler pour plus cher, tu sautes dessus» ajoute Claudia Rhainds.

Cette incertitude préoccupe également des parents sur le possible départ d’éducatrices.

«Ce sont des passionnées qui font un travail de même qualité qu'en CPE» croit Jasmine Maltais, mère de deux enfants.

«Pourquoi il y a un écart de salaire si important entre un milieu subventionné et un CPE? Pour nous, comme parents, je trouve ça un peu épeurant parce qu'on veut la stabilité pour nos enfants. On veut que les employées restent.» conclut la mère.