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Guy Laliberté pas sorti d’affaire

Antoine Lacroix, Jonathan Tremblay | Journal de Montréal et Florent Collet et collaboration spéciale

L’ancien patron du Cirque du Soleil riait jaune mercredi après une nuit passée en détention et cette impression d’être vu comme un trafiquant de cannabis, lui qui n’en a pas fini avec la justice de la Polynésie française.

« Me faire traiter comme ça d’un point de vue judiciaire, ça fait un peu drôle, a affirmé le milliardaire québécois Guy Laliberté aux médias, à sa sortie du tribunal de Papeete, sur l’île de Tahiti. C’est quand même pas très accueillant et très sympathique, surtout de se faire accuser de trafiquant, faut le faire quand même. »

Dans un communiqué, le fondateur du Cirque du Soleil a ajouté être grandement étonné de « l’importance démesurée accordée à ce dossier » pour « quelques plants de cannabis à des fins personnelles ».

L’homme de 60 ans est arrivé vendredi dernier en Polynésie française. C’est à sa descente de l’avion qu’on lui a remis une convocation à se rendre mardi chez les gendarmes français. À sa grande surprise, il a été détenu toute la nuit.

Selon ce que rapportent les médias polynésiens, Laliberté était dans la mire des autorités depuis le 17 octobre, après qu’un employé de son luxueux atoll privé de Nukutepipi eut été interpellé en possession du pot. Selon nos informations, il s’agit du directeur de son île privée.

En fouillant son téléphone, ils y ont retrouvé des photos de la plantation.

Accès limité au pot

Selon nos informations, le tout était cultivé dans un conteneur et protégé d’une serrure numérique à laquelle seul le milliardaire avait accès. La vingtaine de plants trouvés à l’intérieur ne faisaient que 20 cm.

Après une nuit en détention et une longue attente au palais de justice, Guy Laliberté a finalement pu se présenter devant un juge d’instruction pour connaître la suite de son dossier.

« Tout s’est bien passé. Il a bien dormi et a été bien traité [par les autorités]. Il est cependant surpris de la lenteur des procédures », a confié à un collaborateur du Journal sur place, Anne Dongois, porte-parole de Lune Rouge, une société qui appartient au riche homme d’affaires.

La rencontre a duré quelques heures. Il y a été déterminé que Laliberté serait « mis en examen pour cause de complicité de culture, détention et usage de cannabis », a précisé la compagnie.

Cette étape de la justice française, qui fonctionne différemment de celle au Canada, signifie que l’enquête se poursuit pour faire toute la lumière sur cette affaire et savoir quelle suite on compte y donner.

Procès incertain

Une fois la mise en examen terminée, le juge d’instruction aura une décision à prendre : rendre une ordonnance de non-lieu ou envoyer l’affaire devant un tribunal correctionnel, qui serait saisi de juger le délit.

Selon le Code pénal français, la peine maximale pour la détention de stupéfiant est de 10 ans d’emprisonnement et de 7,5 millions d’euros, mais l’avocat qui représente Guy Laliberté doute fort que la justice sévisse de manière aussi dure.

« La loi prévoit un plafond, mais il est toujours impressionnant », a souligné Me Yves Piriou, se disant surpris qu’une enquête soit confiée à un juge pour ce type de faits.

Il a estimé que ce qu’on reproche au fondateur du Cirque du Soleil est d’une « banalité affligeante », rappelant au passage que la présomption d’innocence de son client « a été violée » après la médiatisation de l’affaire.

Des conditions à respecter

Le gouvernement canadien rappelle toutefois sur son site internet que les « sanctions pour possession, usage ou trafic de stupéfiants sont sévères [en Polynésie française]. Les personnes reconnues coupables de ces délits sont passibles de peines d’emprisonnement et de lourdes amendes ».

Pour le moment, Guy Laliberté devra respecter quelques conditions, mais elles ne l’empêcheront pas de quitter la Polynésie française pour revenir au Canada. Il doit revenir devant le tribunal chaque fois qu’il est convoqué. Il ne pourra entrer en contact avec le directeur de son île privée.

– Avec Hugo Duchaine

Grosses peines

Le Code pénal français stipule que le transport, la détention, l’offre, la cession, l’acquisition ou l’emploi illicites de stupéfiants sont punis d’un maximum de 10 ans d’emprisonnement et de 7 500 000 euros d’amende (10,9 M$).

Est puni des mêmes peines le fait de faciliter, par quelque moyen que ce soit, l’usage illicite de stupéfiants, de se faire délivrer des stupéfiants au moyen d’ordonnances fictives ou de complaisance, ou de délivrer des stupéfiants sur la présentation de telles ordonnances en connaissant leur caractère fictif ou complaisant.

Source : legifrance.gouv.fr

Son île privée

se trouve sur l’Atoll de Nukutepipi, en Polynésie française

187 500 $, prix pour une nuitée sur Airbnb Luxe (séjour minimum de 7 nuits)

7,6 M$, prix d’achat en 2007 d’une entreprise japonaise

150 M$, coût des travaux, qui ont duré 10 ans

2,3 km2, Superficie de l’île

16, nombre de villas et de bungalows

120, nombre d'employés

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