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«Penses-y deux fois avant de sauter parce que ça peut chambouler votre vie»

Jean-François Tremblay | TVA Nouvelles

Un jeune homme d'Albanel, au Lac-Saint-Jean, vit un enfer depuis un an après qu’il eut subi une mauvaise fracture à une jambe dans le centre de trampolines iSaute de Québec.

Christopher Lalancette a signalé son cas à l’émission «J.E.» et TVA Nouvelles l’a rencontré.

Sa vie a changé dans la dernière année. À 24 ans, ses déplacements sont désormais compliqués. «Je sais que ça va être toute ma vie comme ça. Je suis "magané" comme un gars de 80 ans, mais à 24 ans. À 80 ans, ça va être quoi?»

Le 23 décembre 2018, il s'est blessé au centre de trampolines iSaute de Québec.

«J’étais sur une plate-forme de trois ou quatre pieds de haut. En atterrissant sur le trampoline, pour me propulser, ça a fait "paf". J'ai dit, j'ai défoncé en dessous du trampoline? Quand j'ai atterri, je me suis rendu compte que c'est ma jambe qui était cassée», a expliqué cet opérateur de machineries lourdes, en arrêt de travail depuis.

Sa blessure est survenue au moment du contact avec le trampoline. Il s’est ensuite retrouvé enfoncé dans les cubes en mousse où il tentait d'appeler à l'aide. Mais avec les cris des autres utilisateurs et tous les bruits, ce n’était pas simple.

«C'est écho. Quand j'ai vu ça, je capotais. Et il ne faut pas que je perde connaissance. Je tirais des blocs pour essayer d'attirer l'attention.»

Une cliente qui en a reçu un a alerté les secours. La douleur était insupportable. «Les ambulanciers m'ont replacé la jambe. Et ils l'ont forcée pour qu'elle redevienne droite. Et là, j'ai perdu connaissance.»

À son arrivée dans un hôpital, les radiographies ont confirmé une fracture ouverte au tibia. L'os sortait de la jambe. Dans la même journée, les médecins lui ont inséré une tige de métal au niveau du tibia. Depuis, il a subi une autre intervention pour réparer son tendon.

La manœuvre n’a pas donné les résultats escomptés, de sorte qu’il devra subir une troisième chirurgie l'an prochain. «Je suis en attente d'une greffe parce que je ne pourrai plus jamais courir à cause de ce tendon-là. Le spécialiste m'a dit : "tu es magané comme quelqu'un de 80 ans". Et j'ai 24 ans. Ça fait réfléchir», a témoigné le jeune homme, ému, en ravalant ses émotions.

C'était sa première visite chez iSaute. Il avait signé une décharge et a suivi toutes les consignes.

«Je n'ai rien fait de non indiqué, de dangereux, a dit M. Lalancette. J'ai fait comme il était indiqué et je n'ai fait aucun "backflip". Rien, rien, rien.»

Après une mise en demeure adressée à iSaute, l'assureur de l’entreprise lui a répondu qu’elle niait toute responsabilité.

Mais selon l’avocat Régis Gaudreault, que TVA Nouvelles a consulté, une décharge n'a pas de valeur légale. «Tu ne peux pas renoncer à un préjudice futur, surtout au niveau corporel et moral. L'assureur ne peut pas dire, nous, on ne paye pas, il y a un dégagement de responsabilité. C'est illégal. 1474, alinéa B (dans le Code civil). C'est dit noir sur blanc», a indiqué le procureur Gaudreault.

L’article cité par Me Gaudreault indique «qu’une personne ne peut aucunement exclure ou limiter sa responsabilité pour le préjudice corporel ou moral causé à autrui».

Le procureur ajoute qu’au tribunal, un citoyen devra toutefois démontrer qu’il a suivi les règles et «il aura l'obligation de démontrer que l'organisation ou le propriétaire a manqué à son obligation, soit d'informations, de conseils, d'entretien, etc.»

Christopher Lalancette souhaite maintenant que son histoire fasse réfléchir et aide à améliorer la sécurité.

L’entreprise iSaute n’a pu être jointe par TVA Nouvelles.

En 2015, l’Institut national de santé publique du Québec avait répertorié 622 rapports de blessures, entre janvier et octobre 2015, sur un nombre de plus de 408 000 visiteurs, dans quatre parcs de trampolines de la province. Le taux était donc de 1,52 blessure par 1000 visiteurs.