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New York inondée par le pot canadien

Éric Thibault | Le Journal de Montréal

L’agence américaine de lutte antidrogue a saisi 33 fois plus de cannabis en 2019 que l’an dernier dans l’État de New York en raison de la légalisation du pot au Canada. 

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Cette statistique saisissante dévoilée au Journal par le patron de la Drug Enforcement Administration (DEA) à New York montre que cette loi du gouvernement Trudeau entraîne des conséquences majeures dans le nord-est des États-Unis.  

« La légalisation au Canada a clairement affecté notre pays depuis un an. La preuve, c’est que nos saisies ont explosé en 2019. C’est une hausse énorme », dit l’agent spécial Ray Donovan en entrevue.  

Les agents de la DEA ont confisqué 6000 kg de cannabis depuis le début de l’année comparativement à seulement 181 kg en 2018 dans l’État de New York, qui est voisin à la fois du Québec et de l’Ontario.  

« Ces 6000 kilos ne proviennent pas à 100 % du Canada, mais chose certaine, il y a beaucoup plus de marijuana canadienne qui se retrouve illégalement chez nous. Nos enquêtes ciblant des réseaux de contrebandiers canadiens de cannabis sont également en hausse », a confié ce policier, qui est célèbre pour avoir piloté la traque du narcotrafiquant mexicain Joaquin « El Chapo » Guzman.  

D’après lui, le crime organisé canadien aurait accru ses exportations de pot dans le nord-est américain, qui était déjà l’un de ses plus payants depuis plusieurs années. Le cannabis de haute qualité peut s’y vendre jusqu’à 3000 $ la livre.  

Photo courtoisie, U.S. Customs and Border Protection

L’argent du pot... dans la coke  

Le problème, c’est que les profits de la vente de marijuana sont souvent réinvestis dans l’importation de cocaïne et d’héroïne par ces groupes criminels.  

« De plus, nos réseaux locaux de trafic de marijuana vendent aussi d’autres drogues, comme la pire substance de toutes, le fentanyl », a-t-il insisté. Cet opioïde est à l’origine de 73 000 surdoses mortelles aux États-Unis l’an dernier, dont 2300 dans la Grosse Pomme.  

La DEA identifie la pègre asiatique – qui a le quasi-monopole des « maisons de pot » dans les régions de Montréal, Laval et Longueuil selon le SPVM – parmi les principaux groupes criminels exploitant le marché new-yorkais de l’herbe.  

Ray Donovan cite également les Hells Angels, dont plusieurs proches n’ont pas eu de mal à obtenir des permis de culture de pot thérapeutique de Santé Canada, rapportait notre Bureau d’enquête le 8 novembre. Les ralentir  

« Notre défi est de les ralentir. Toutefois, même si la marijuana est légalisée au Canada et dans certains États américains, le marché noir continuera de prospérer à cause du crime organisé qui ne veut rien savoir des lois et des taxes », a-t-il observé. La frontière délimitant l’État de New York avec le Québec et l’Ontario fait plus de 700 km et son étanchéité n’est pas à toute épreuve, a convenu Ray Donovan.  

Le Lavallois Jimmy Cournoyer, surnommé « le roi du pot », a longtemps utilisé la réserve mohawk d’Akwesasne pour expédier pour un milliard $ de marijuana vers cet État américain avant d’écoper de 27 ans de pénitencier en 2014.  

Le 1er novembre, Le Journal rapportait que la DEA a fait inculper un fermier de la Montérégie qui aurait fait passer 30 tonnes de cannabis dans l’État de New York pendant 10 ans.  

L’infiltration des réseaux de contrebande avec des « témoins collaborateurs » demeure le meilleur moyen de les neutraliser, selon le dirigeant de la DEA.  

Ses troupes collaborent étroitement avec les policiers de la Gendarmerie royale du Canada puisque « l’échange de renseignements permet de meilleurs résultats », a-t-il dit.  

Photo courtoisie, U.S. Customs and Border Protection

Les douaniers aussi  

Quant aux douaniers et agents frontaliers new-yorkais (U.S Customs and Border Protection), leurs saisies de pot ont augmenté de 500 % par rapport à 2018.  

Plusieurs Américains se sont fait prendre avec du cannabis légalement acheté au Canada, mais qu’ils n’ont pas le droit de rapporter dans leur pays.  

Ceux qui ne transportaient pas assez de pot pour faire face à des accusations criminelles ont dû payer une amende minimale de 500 $, selon un porte-parole de l’agence à Buffalo, Aaron Bowker.  

Il ajoute qu’un nombre important de colis postaux provenant du Canada et renfermant du cannabis ont aussi été interceptés.