/news/currentevents

Doigts coupés, coups de marteau et tombe improvisée

Éric Thibault | Le Journal de Montréal

Depuis le début de l’année, les policiers croient cependant avoir élucidé au moins sept meurtres reliés au crime organisé québécois – dont cinq à la mafia italienne – grâce aux mises en accusation de six suspects écroués après des enquêtes menées par la Sûreté du Québec, la police de Montréal et l’Escouade nationale de répression du crime organisé.  

• À lire aussi: Le «comité» de purge des Hells Angels 

• À lire aussi: Meurtres en plein jour: «des crimes ciblés», selon la police de Brossard 

• À lire aussi: Achevé d’une balle à la tête près de sa Cadillac 

La tuerie de Lennoxville  

Photo d'archives

Le 24 mars 1985, cinq Hells du défunt chapitre North sont tués au repaire du gang à Lennoxville, en Estrie. Leurs corps sont mis dans des sacs de couchage lestés de béton et sont jetés dans le fleuve Saint-Laurent. La bande reprochait à ces motards leur consommation excessive de cocaïne, leur non-respect des règles et l’attention policière qu’ils attiraient. Les cadavres furent ensuite repêchés à Saint-Ignace-de-Loyola, dans Lanaudière (photo). Yves « Apache » Trudeau, qui a échappé au massacre parce qu’il se trouvait en maison de désintoxication, est devenu délateur. Il a avoué 43 meurtres, mais a permis de faire emprisonner plusieurs Hells.   

Drogue et dettes  

Photo courtoisie

  

Yves « Ballotte » Savoie, ancien membre des Hells du chapitre de Sherbrooke, est abattu dans sa voiture près de sa résidence, le 3 octobre 1989. Il avait de graves problèmes de consommation de cocaïne, ce qui contrevenait aux règlements internes du gang, ainsi que des dettes de 250 000 $. Il projetait aussi de concurrencer les motards en exploitant son propre laboratoire de haschisch, au moment du meurtre.   

Les doigts sectionnés  

Photo courtoisie

  

André Tousignant était membre des Rockers, un club-école des Hells, quand lui et Stéphane « Godasse » Gagné ont tué l’agente correctionnelle Diane Lavigne sous les ordres de leur chef Maurice « Mom » Boucher, en juin 1997. Six mois plus tard, Gagné devenait délateur et avouait tout à la police. Le corps de « Toots » a été trouvé le 27 février 1998 à Bromont. Ses assassins l’ont tué par balles et lui ont coupé les doigts pour empêcher la police de l’identifier par ses empreintes. La police suppose que les motards l’ont éliminé pour s’assurer qu’il ne puisse collaborer avec les policiers comme Gagné.   

À coups de marteau  

Photo d'archives

  

Le Hells Scott Steinert et son garde du corps ont été conviés à un « faux meeting » au bunker du gang à Sorel, le 4 novembre 1997. Ils y ont été tués de coups de marteau à la tête puis ont été « crissés » dans le fleuve, a dit le délateur Sylvain Boulanger à la Sûreté du Québec. Quand le Saint-Laurent a restitué les corps, leurs membres étaient ligotés avec du ruban adhésif [« duct tape »]. Steinert, qui dirigeait des agences d’escortes et avait acheté le fameux manoir des Lavigueur à l’île aux Pruches, « tenait tête » à d’autres Hells influents qui ne l’appréciaient guère, selon Boulanger.   

Le numéro 2 disparu  

Photo courtoisie

  

Le Saguenéen Louis « Melou » Roy était considéré par la police comme le numéro 2 dans la hiérarchie des Hells Angels du Québec, après Maurice « Mom » Boucher, et comme l’un des plus riches membres du gang. Le 23 août 1997, il a survécu aux balles tirées par le tueur à gages des Rock Machine, Gérald Gallant, près du motel de son père à Jonquière. Mais Roy n’a jamais été revu après s’être rendu à un rendez-vous au centre-ville de Montréal, le 23 juin 2000. Le prolifique narcotrafiquant ne faisait pas l’unanimité parce qu’il tenait à « opérer sa business tout seul », d’après le délateur Boulanger.   

Enterré au Nouveau-Brunswick  

Photo d'archives

Mario Bergeron, un Hells de Québec (portant ici la veste noire à l’effigie du gang), aurait volé de la cocaïne aux motards en plus de leur mentir pour financer sa consommation personnelle de drogue. Selon le délateur Dayle Fredette, qui devait éliminer Bergeron avant de se désister, il a été tué par balles en avril 2008 et son corps aurait été enterré à Sainte-Anne-de-Madawaska, au Nouveau-Brunswick. Les restes du disparu n’ont pas été retrouvés.   

Des taxes à payer  

Photo d'archives, Agence QMI

En 2016, deux anciens Hells Angels de l’Ontario (vêtus en rouge sur la photo), soit l’ex-boxeur olympique Phil « Crazy » Boudreault (à gauche) et l’ex-président des Nomads ontariens Martin Bernatchez (à droite), ont été blessés par balles lors de fusillades survenues respectivement à Lachute et à Granby. Les policiers croient qu’ils auraient tiré profit du marché québécois des stupéfiants sans verser la redevance ou « taxe » de 10 % des ventes exigée de tout trafiquant par les Hells du Québec.   

Deux anciens Rockers  

Photo d'archives, Agence QMI

L’ex-Rocker Vincent Lamer a été abattu en sortant du travail (photo) dans le quartier montréalais Rivière-des-Prairies, le 3 novembre 2017. Sébastien Beauchamps, un autre ex-membre de ce défunt club-école des Hells, a subi le même sort dans l’arrondissement de Saint-Léonard, le 20 décembre 2018. Ils avaient été impliqués dans la guerre des motards. Des dettes pourraient expliquer le meurtre du premier, tandis que le second aurait été soupçonné de parler à la police, d’après une récente enquête antidrogue.