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Le tofu et la fausse viande sont plus populaires que jamais au Québec

Marie-Éve Dumont | Le Journal de Montréal

Isabelle Marquis, nutritionniste et consultante en marketing alimentaire, a préparé des boulettes végé hier.

Photo Chantal Poirier

Isabelle Marquis, nutritionniste et consultante en marketing alimentaire, a préparé des boulettes végé hier.

Le tofu et les substituts de viande sont plus populaires que jamais alors que la valeur des ventes dans les supermarchés a bondi de 25 % entre 2017 et 2018 au Québec. 

« La protéine végétale est véritablement à la mode. Nous avons eu un manque de tofu en début d’année et il y a au moins trois usines de tofu au Canada qui sont en expansion », souligne Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.  

Ce bond est relaté dans le plus récent rapport des ventes au détail de produits alimentaires, qui est publié chaque année par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).  

On y présente des estimations de la valeur des ventes aux consommateurs dans des catégories alimentaires sélectionnées qui sont vendues dans les grands magasins de la province ainsi que la différence par rapport à l’année précédente.   

Les ventes réalisées chez les petits commerçants et les dépanneurs ainsi que dans les restaurants et les marchés publics, notamment, ne sont pas comptabilisées.  

Bien qu’il s’agit de variations des ventes en dollars et non de quantités, les experts considèrent que c’est une tendance forte.  

Avant le Guide alimentaire 

Ces données sont les plus récentes, mais datent de 2018 et donc d’avant la publication du nouveau Guide alimentaire canadien, sorti plus tôt cette année, qui recommande dorénavant d’intégrer des protéines végétales dans son alimentation.  

« On voit que la tendance était amorcée même avant la venue du nouveau Guide. Je m’attends [en 2019] à une hausse encore plus marquée des protéines végétales et des végétaux. C’est vraiment l’année de l’environnement, le courant est là depuis plusieurs années, mais je pense que ça n’a jamais été aussi fort », précise Isabelle Huot, nutritionniste.  

La multiplication du nombre de produits à base de tofu ou de plantes, que ce soit les boulettes, les burgers ou les saucisses, qui ont commencé à se faire sentir dans les chiffres de 2018 devrait encore plus venir bonifier le bilan l’an prochain, affirment des experts consultés par Le Journal.  

Les ventes de légumineuses en conserve sont aussi en hausse de même que celles des boissons végétales comme le soya ou l’amande. D’ailleurs, des données récentes de la firme Nielsen ont indiqué une hausse de 244 % des ventes au Canada pour le lait d’avoine en 2018 et 2019.  

Encore de la viande

Bien que de fortes hausses aient été observées dans les protéines végétales, les viandes mènent toujours le bal.  

« Les ventes totales de tofu et de substituts de viande en 2018 représentent environ 3 % des ventes de la viande fraîche. Donc, on a encore du chemin à faire avant de dire que c’est une concurrence majeure. Cela dit, il y a effectivement une croissance et celle-ci n’est pas près de s’essouffler », insiste Isabelle Marquis, nutritionniste et consultante en marketing alimentaire.  

L’OFFRE DE SUBSTITUTS DE VIANDE SE MULTIPLIE 

Le rapport du MAPAQ ne définit pas en détail les produits contenus dans la catégorie des substituts de viande, mais Le Journal a compilé des exemples de ce que l’on peut trouver dans les grands magasins d’alimentation.    

  • Ailes de poulet végé    
Isabelle Marquis

Photo Chantal Poirier

  • Bacon végé  
  • Sans-viande hachée  
  • Filets de poisson végé    
Isabelle Marquis

Photo Chantal Poirier

  • Pepperoni végé  
  • Saucisses végé  
  • Boulettes de fausse viande    
Isabelle Marquis

Photo Chantal Poirier

  • Galettes de burgers à base de plantes    

Trois autres tendances  

Le prêt-à-manger toujours aussi populaire 

Les ventes pour les mets préparés et le prêt-à-manger, frais ou surgelés, continuent de croître alors que les consommateurs cherchent toujours des solutions faciles et rapides pour les repas.  

« Ce sont des ventes qui n’arrêteront pas. Les épiceries font de plus en plus de place au prêt-à-manger et réduisent progressivement l’espace central pour répondre à ce besoin de praticité des consommateurs et contrer la concurrence des restaurants et du prêt-à-cuisiner », explique Isabelle Marquis, nutritionniste et consultante en marketing alimentaire.  

Les mets surgelés, les pizzas surgelées, le poulet cuit et les soupes accaparent plus de la moitié des ventes de cette catégorie.  

Même les mélanges déjà tout faits à biscuits, à crêpes et gaufres, à gâteau, à pain ou à pizza sont en hausse. Les ventes de collations sont aussi en augmentation.   

Regain pour les boissons gazeuses  

Après avoir connu une baisse au cours des dernières années, les ventes en dollars des boissons gazeuses sont en croissance en 2018.  

Cette hausse s’explique en partie par la multiplication des produits « zéro calorie » ou avec différentes sortes de produits sucrés, de même que les mini-canettes, estime Mme Marquis. Ces produits « à valeur ajoutée » coûtent souvent plus cher que le produit habituel.  

Le kombucha a aussi fait son entrée, pour la première année, dans la liste des produits comptabilisés, récoltant des ventes de 10,5 M$.  

Grand retour des charcuteries 

La catégorie des viandes transformées a aussi connu un regain dans les ventes en 2018, surtout en ce qui concerne les viandes froides, malmenées au cours des dernières années en raison notamment des craintes liées à leurs effets sur la santé.  

L’Organisation mondiale de la santé avait déclaré la charcuterie « cancérigène pour l’homme » en 2015.  

Mais depuis, des compagnies ont tenté d’améliorer leurs produits, note Isabelle Marquis. Plusieurs ont lancé des produits sans nitrites, sans agents de conservation ou réduits en sel.