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Les Talibans libèrent deux universitaires retenus en otage depuis 2016

Agence France-Presse

Capture CNN

Les talibans ont libéré mardi deux universitaires américain et australien retenus en otage depuis 2016, en échange de la libération de trois hauts responsables talibans prisonniers du gouvernement afghan.

Les deux professeurs de l'Université américaine à Kaboul, l'Américain Kevin King et l'Australien Timothy Weekes, «ont été libérés dans le district de Now Bahar de la province de Zabul», a déclaré à l'AFP une source policière de cette province du sud-est de l'Afghanistan.

«Ils ont quitté Zabul avec des hélicoptères américains», a ajouté cette source, dont les informations ont été confirmées par des commandants talibans.

Les trois prisonniers talibans ont été transportés à Doha, où se trouve le bureau politique des talibans, selon une source diplomatique sur place. Elle a ajouté qu'ils n'avaient pas encore été remis aux responsables de leur mouvement.

L'échange est conforme à un engagement en ce sens du président afghan Ashraf Ghani. Il avait annoncé le 12 octobre que cette décision «très difficile» était la «condition principale pour démarrer des négociations officieuses» en vue de mettre fin au conflit qui ravage le pays depuis 18 ans.

Les talibans ont jusqu'ici rejeté toute offre de pourparlers avec les autorités afghanes, qu'ils considèrent comme illégitimes.

Les trois prisonniers talibans sont Anas Haqqani, Mali Khan et Hafiz Rashidau Haqqani.

Le premier est le fils de Jalaluddin Haqqani, le fondateur du réseau éponyme, et le frère de Sirajuddin, qui dirige cette importante branche de la rébellion talibane.

Haji Mali Khan est réputé être l'oncle de Sirajuddin, et Abdul Rashid est censé être le frère de Mohammad Nabi Omari, un membre du bureau politique des talibans à Doha.

Le président afghan avait averti que des mesures seraient prises pour que leur libération «ne renforce pas les forces des ennemis ou n'augmente pas leurs attaques».

Les deux universitaires avaient été capturés par des hommes armés portant des uniformes de policiers le 7 août 2016, alors qu'ils quittaient l'Université américaine de Kaboul pour regagner leur résidence.

Après l'annonce de l'échange à venir, une source talibane au Pakistan avait indiqué que «l'otage américain (Kevin King) était gravement malade et il y avait des craintes qu'il meure au cours de sa détention par les talibans, c'est pourquoi ils voulaient le libérer».

Les professeurs de l'Université américaine «ont été emmenés par voiture à Zabul et remis aux Américains qui les ont emmenés par hélicoptère», a dit un commandant taliban de haut rang dans la province, qui est frontalière du Pakistan.

L'ambassade américaine à Kaboul, contactée par l'AFP, a dit ne pouvoir «fournir de détails ni commenter» l'information.

L'Université américaine à Kaboul s'est quant à elle «réjouie de la libération de (ses) collègues Kevin King et Timothy Weeks».

Le réseau Haqqani doit sa réputation à son fondateur, Jalaluddin, mort en 2018, qui était une figure du combat des jihadistes contre l'envahisseur soviétique dans les années 1980, puis contre les Américains après leur invasion du pays en 2001.

Son réseau est qualifié de «terroriste» par Washington. Il est accusé d'avoir commis certains des attentats les plus brutaux survenus en Afghanistan depuis l'invasion américaine.

Le réseau Haqqani est aussi de longue date soupçonné d'entretenir des liens étroits avec les services secrets du Pakistan. Il a été dépeint par l'amiral américain Mike Mullen en 2011 comme le «véritable bras» des renseignements pakistanais.

Dans un tweet, le président pakistanais Imran Khan a déclaré que son pays «a entièrement soutenu et facilité cette libération (des otages occidentaux) en accord avec sa politique de soutien aux initiatives pour un règlement politique négocié du conflit afghan».

Washington a suspendu en septembre ses pourparlers avec les talibans sur un retrait des troupes américaines d'Afghanistan après un attentat, revendiqué par les insurgés, qui avait coûté la vie à un soldat américain.

Un projet d'accord prévoyait un retrait progressif des soldats américains en échange de garanties de sécurité, d'une «réduction de la violence» et de l'ouverture de négociations directes entre les talibans et les responsables afghans.

Ces derniers ont réclamé, jusqu'ici en vain, d'être associés à ces pourparlers.