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La police de Longueuil craignait d’être infiltrée par une taupe

Claudia Berthiaume | Le Journal de Montréal

La police de Longueuil a déjà craint d’avoir une taupe dans ses rangs, qui aurait pu copier des informations sensibles sur ses informateurs anonymes pour les vendre au crime organisé, a-t-on appris mardi en cour.

Le premier jour du procès de Marc-Olivier Perron a plongé le jury de cinq femmes et sept hommes dans le monde méconnu du renseignement criminel.

Au cours des prochaines semaines, la Couronne tentera de prouver que l’homme de 36 ans a utilisé frauduleusement un ordinateur et qu’il a abusé de la confiance conférée à sa fonction d’agent de la paix en accédant et en copiant des informations sensibles sans autorisation.

Les faits reprochés au policier du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) seraient survenus le 17 mars 2016, dans les locaux sécurisés du Bureau d’analyse des renseignements criminels (BARC).

Le patrouilleur assigné à des tâches administratives se serait présenté sur place en soirée, en dehors de ses heures de travail, a constaté l’inspecteur Régis Audet.

Perron serait demeuré dans les locaux pendant 73 minutes, dont la majeure partie du temps hors du champ de la caméra de surveillance.

« Dans mon livre à moi, il n’a pas d’affaire là », a résumé mardi l’inspecteur Audet.

Inquiétude

« Je voyais poindre à l’horizon un événement criminel. Son comportement suscite l’inquiétude et beaucoup d’incompréhension », a poursuivi le témoin, ajoutant que cela s’est produit dans les mois qui ont suivi la découverte des taupes Ian Davidson et Benoît Roberge à la police de Montréal.

Selon la théorie de la poursuite, Perron aurait utilisé le code d’accès et l’ordinateur d’une supérieure hiérarchique chargée du contrôle des informateurs. Le mot de passe de celle-ci était noté dans un calepin, à son poste de travail.

L’agent aurait non seulement jeté un œil à des données qualifiées de « très secrètes », mais il aurait aussi copié 2400 fichiers sur un support USB retrouvé chez lui lors d’une perquisition.

« Ces informations peuvent mettre en péril la vie d’informateurs et n’auraient jamais dû se trouver entre les mains de l’accusé, encore moins à son domicile », a affirmé mardi Me Geneviève Beaudin, de la Couronne, au palais de justice de Longueuil.

Il s’agissait notamment de rapports écrits par des contrôleurs de sources, d’un registre de rencontres d’informateurs et de documents concernant une enquête en cours qualifiée de très secrète, a noté l’inspecteur Audet.

Clé de la voûte

Une clé de la voûte sécurisée dans laquelle sont conservées toutes les identités des informateurs aurait aussi été retrouvée dans un classeur de Perron, alors qu’il n’avait pas le grade pour y accéder.

« Il aurait pu avoir accès à des informations sensibles et les vendre au milieu interlope », a expliqué l’inspecteur Audet.

Jusqu’à présent, rien ne laisse toutefois présager que Perron aurait posé un tel geste ni que l’identité de sources a été révélée.

L’accusé est défendu par Mes Ariane Bergeron St-Onge et Audray Julien-Béland.

♦ Le procès présidé par la juge Myriam Lachance se poursuit mercredi.

Ce que le témoin a dit

« Si l’identité des informateurs se met à circuler dans le public, ça met la vie de ces personnes-là en danger. »

« L’identité du monde qui fait affaire avec nous, en tant que service de police, on a le devoir de protéger ces gens-là. »

« En recoupant les informations [copiées] ensemble, on pourrait arriver à identifier les informateurs. »

« Le milieu criminel n’a pas le fardeau de preuve hors de tout doute raisonnable pour savoir qui parle à la police et l’éliminer. »

« Un seul rapport d’informateur peut être très dommageable. On joue avec la vie du monde, et ça, c’est inacceptable. »

– Régis Audet, inspecteur au Service de police de l’agglomération de Longueuil