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Le MAPAQ ignore la quantité d’antibiotique dans la viande que vous mangez

Charles Lecavalier - Le Journal de Québec

ARG-PORC ÉLEVAGE

Courtoisie/Coopérative fédérée

La résistance des bactéries aux antibiotiques est une menace pour la santé humaine, mais le ministère de l’Agriculture ignore la quantité de médicaments donnés aux animaux consommés par les Québécois, révèle la vérificatrice générale. Il autorise encore l’usage d’antibiotique comme facteur de croissance, une pratique critiquée depuis plus de 15 ans.

«Le MAPAQ n’exerce pas le leadership nécessaire à l’utilisation judicieuse des antibiotiques chez les animaux destinés à l’alimentation, afin de préserver leur efficacité thérapeutique tant chez les animaux que chez les humains », déplore la VG Guylaine Leclerc dans son rapport annuel présenté mercredi aux parlementaires.

Le ministère d’André Lamontagne vient de sortir de l’Affaire Louis Robert, un agronome lanceur d’alerte qui avait mis en lumière les liens toxiques entre l’industrie des pesticides et la recherche scientifique financée par l’argent public.

Cette affaire avait mis au jour un problème d’apparence de conflit d’intérêts pour les agronomes : ce sont eux qui prescrivent les pesticides, et ce sont eux qui empochent en les vendant aux agriculteurs.

Même conflit d’intérêt pour les vétérinaires

La vérificatrice générale fait le même constat troublant dans le cas des antibiotiques. « Les vétérinaires exercent leur profession dans un contexte de conflit de rôles : ils sont autorisés à prescrire les antibiotiques et à les vendre avec profit », rapporte-t-elle.

Pourtant, l’heure est grave. « Une étude citée par l’Organisation mondiale de la Santé prévoit que d’ici 2050, il pourrait y avoir plus de décès attribuables à des infections devenues incurables que de décès liés aux cancers ».

Le MAPAQ pourrait faire un portrait de la situation, mais il n’a pas pris les mesures nécessaires le faire.

Avec des modifications législatives, il pourrait pourtant obtenir :Les données des producteurs sur l’utilisation réelle des antibiotiques à la fermeLes données des meuneries sur les antibiotiques ajoutés à la mouléeDes données des compagnies pharmaceutiques sur la vente d’antibiotiquesDes données des vétérinaires relatives aux ordonnances

Lenteur excessive du MAPAQ

Elle met également en lumière la lenteur excessive du MAPAQ : depuis une décennie, le ministère « évalue la mise en place possible d’un système » pour connaître les quantités d’antibiotiques utilisées en production animale et sur les usages qui en sont faits. « Le projet est toujours au stade de l’évaluation, malgré deux analyses, trois rapports d’étape et deux études de faisabilité ».

D’autres juridictions dans le monde sont bien plus avancées. « Le Danemark et les Pays-Bas ont conçu une base de données dans laquelle toutes les prescriptions sont enregistrées. Un tel système de surveillance permet de repérer les fermes qui consomment davantage d’antibiotique », souligne-t-elle.

Pour l’instant, le MAPAQ n’obtient des données que sur deux secteurs de productions : les secteurs avicoles et porcins. Il n’en a pas pour le secteur des bovins de boucherie et pour la production laitière. Ces données proviennent de fermes volontaires, et le nombre de participants est faible. « Les données de 24 fermes du secteur porcin font partie des dernières données de surveillance disponibles, ce qui représente moins de 2 % des 2000 producteurs de porc du Québec », rapporte-t-on.

Usage non-approprié d’antibiotique

Le ministère est également blâmé, car il autorise l’usage non approprié d’antibiotique. Par exemple, ces médicaments peuvent être utilisés comme facteurs de croissance ou à titre préventif en l’absence de maladie dans un troupeau. « Il tarde ainsi à suivre le mouvement amorcé par plusieurs autres administrations », peut-on lire dans le rapport.

Pourtant, cet usage était déjà critiqué en 2003 par le Bureau d’audiences publiques sur l’Environnement. En 2007, le ministère de la Santé demandait également au MAPAQ dans un mémoire d’interdire cette pratique.

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