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Souvenirs d’une enfance à Blue Bonnets

Camille Dauphinais-Pelletier | Agence QMI

Des personnes qui ont grandi dans des roulottes sur le terrain de Blue Bonnets dans les années 50 et 60 jettent un regard nostalgique sur leur enfance, alors que les derniers bâtiments de l’hippodrome ont été détruits l’an passé et qu’un développement moderne s’apprête à y voir le jour.

«C’est sûr que ça nous fait de quoi de voir ça. On dormait sur le terrain, on avait une vue sur l’Oratoire à partir des fenêtres de la roulotte. C’était toute notre vie, un petit village dans une grande ville», se souvient Mario Pelletier, qui a habité pendant 10 ans sur le terrain avec son père entraîneur de chevaux de course, sa mère et ses trois frères.

À quelques mètres de chez lui, il y avait la roulotte des Gingras. Le petit Mario s’est rapidement lié d’amitié avec un garçon de son âge, Raymond, qu’il voit encore régulièrement aujourd’hui.

«Les enfants, on se connaissait tous. On passait notre temps dehors, on jouait au hockey. On travaillait aussi avec nos parents : on nettoyait les chevaux, on les brossait, on les faisait marcher après qu’ils aient travaillé fort pour les faire sécher. On nous donnait cinq ou dix sous pour leur faire prendre une promenade!» raconte Raymond Gingras.

Sa sœur Johanne se rappelle aussi de leur enfance comme d’une période de grand air et de «bonheur total», jusqu’à ce que les familles doivent quitter le terrain en 1967, avant l’Expo.

«Plein de monde trouvait ça effrayant l’idée d’avoir des enfants à cet endroit-là, mais ma mère, c’est sûr qu’elle te dirait que pour elle, le meilleur temps, c’était ce temps-là. Son mari allait travailler aux écuries à pied, ses enfants étaient proches », dit-elle.

«Nous, dans les écuries, on jouait à faire comme nos pères : un enfant faisait le cheval et un autre le conducteur, et on s’attelait avec de la corde», se souvient-elle en riant.

L’avenir

L’hippodrome a cessé ses activités en 2009, et les installations ont été détruites en 2018. Aujourd’hui, on trouve un grand terrain vague près de l’intersection des autoroutes 15 et 40, là où se tenaient autrefois les grandes estrades de l’hippodrome.

La mairesse de Montréal Valérie Plante veut maintenant transformer ce site en un milieu de vie carboneutre, axé sur le transport actif et collectif. L’Office de consultation publique de Montréal tiendra une première séance d’information à ce propos mercredi soir.

Qu'en pensent ceux qui y ont grandi? «Je m’en balance de ce qu’ils font avec le terrain. Il est bien situé, c’est normal qu’ils veuillent faire quelque chose de gros», dit Raymond Gingras.

«Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait une piste de course en périphérie de Montréal, mais c’est sûr qu’ils n’en feront pas», ajoute celui qui, comme son père, a consacré sa vie aux chevaux. Lors de la fermeture de l’hippodrome, il allait encore aux courses cinq jours par semaine avec ses chevaux à partir de Sorel-Tracy.

«On a tous perdu nos emplois quand l’hippodrome a fermé. Et ce n’est pas juste un métier, c’est une passion : pour rester dans le domaine, il fallait partir en Ontario ou aux États-Unis.»

C’est d’ailleurs ce qu’a fait son fils Yannick Gingras, qui est aujourd’hui reconnu comme l’un des meilleurs coureurs au monde, et qui habite au New Jersey.

«Débâcle»

Chaque année depuis la fermeture de l’hippodrome, Mario Pelletier retourne sur place prendre des photos des installations en décrépitude. Sur ses clichés, on voit les graffitis progresser d’année en année, des morceaux de vitre joncher le sol. Sur ses plus récentes photos, il n’y a plus qu’une grande plaine.

Ces visites font toujours remonter des souvenirs en lui. «Le stationnement était plein les soirs de course. Les vedettes venaient toutes faire un tour, il y a eu 40 000 spectateurs lors de la Soirée du bon vieux temps en 1970. C’est dur de voir tout ça partir à la débâcle», observe-t-il.

Au-delà des souvenirs des dizaines de milliers de personnes qui ont fréquenté l’hippodrome au fil des ans, quelques traces persistent sur les lieux : la rue des Jockeys et la rue Jean-Louis Lévesque, ancien propriétaire de Blue Bonnets.