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Des Français qui voulaient immigrer au Québec victimes d’escroquerie

Francis Halin | Journal de Montréal

Nicolas Guittonneau croyait que la firme torontoise It’s Canada Time allait lui ouvrir les portes du pays, mais il soutient qu’elle lui a plutôt fait perdre plus de 8000 dollars. On le voit ici devant le camion d’un ami, à La Flèche, dans le nord-ouest de l’Hexagone.

Gracieuseté

Nicolas Guittonneau croyait que la firme torontoise It’s Canada Time allait lui ouvrir les portes du pays, mais il soutient qu’elle lui a plutôt fait perdre plus de 8000 dollars. On le voit ici devant le camion d’un ami, à La Flèche, dans le nord-ouest de l’Hexagone.

Une firme de Toronto profiterait de la pénurie de main-d’œuvre pour arnaquer à coup de 10 000 $ des immigrants qui rêvent de s’installer au Québec, a appris Le Journal.

« Ils ont mis un gros coup de couteau dans nos rêves. C’est un peu la dernière chance. Ça fait mal », a confié au Journal le Français Nicolas Guittonneau, 50 ans, qui caressait le rêve de venir vivre au Québec avec sa conjointe pour devenir camionneur.

Comme lui, les Français Ange (11 500 $), Marianne (9500 $), Hayat (4400 $) ou Figura (1700 $) ont confié au Journal avoir perdu les économies d’une vie en faisant affaire avec la firme d’aide à l’immigration It’s Canada Time qui leur faisait miroiter la citoyenneté.

Stratagème allégué

Fin 2017, Nicolas Guittonneau, qui rêve du Québec, entame des démarches pour immigrer ici. Au départ, il visite les sites web gouvernementaux, mais les trouve compliqués, alors il se tourne vers le site It’s Canada Time pour ses démarches.

Les huit premiers mois, tout a l’air de bien aller. M. Guittonneau a l’impression que sa demande d’immigration suit son cours. Il parle régulièrement à des employés de It’s Canada Time qui lui assurent que son dossier avance rondement.

« Un jour, je les ai appelés pour leur dire que j’avais réussi le test de français et nous n’avons plus jamais eu de réponse. J’étais étonné parce que d’habitude, ils nous rappelaient dans les 24 heures. On leur avait déjà donné 8000 $ », a-t-il raconté.

L’argent en Bulgarie

Pour ajouter une couche, Nicolas Guittonneau apprend, après avoir déposé une plainte à la police, que l’argent versé à It’s Canada Time aurait abouti dans des comptes bancaires... en Bulgarie plutôt qu’au Canada.

Or, selon des informations obtenues par Le Journal, l’histoire de Nicolas Guittonneau serait loin d’être un cas isolé. La firme qui a fait l'objet d'une enquête du 20 Minutes en France, en mars, inquiète de plus en plus les autorités canadiennes.

Toujours en activité

Ces trois dernières années, It’s Canada Time a fait l’objet « d’au-delà d’une trentaine de signalements » au Centre antifraude du Canada, a confirmé la superviseure des opérations du centre d’appels, Lisanne Roy-Beauchamp.

Au Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC), chargé de protéger les consommateurs de services d’immigration, on déplore que cette société « continue d’être active et cause tort au public ».

« It’s Canada Time n’est pas autorisée par le CRCIC. Nous avons reçu plus d’une douzaine de plaintes contre cette entreprise », a ajouté son directeur de la conduite professionnelle, Michael Huynh.

Malgré nos nombreux appels et courriels, Le Journal n’a pas réussi à parler avec la firme It’s Canada Time ces derniers jours.

–Avec la collaboration d’Andrea Valeria

Une industrie encore peu réglementée

Un avocat en droit de l’immigration estime que les candidats doivent redoubler de prudence pour éviter de se faire avoir par les charlatans actifs dans l’industrie.

« C’est comme en médecine. Il y a les charlatans et les vrais », résume Alexandre Hénaut, avocat chez Wellstein Mora Rodriguez International.

Pour faire le bon choix, M. Hénaut suggère d’abord de vérifier si le consultant est un avocat membre du Barreau du Québec. Sinon, il faut qu’il soit membre du Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC).

En cas de doute sur sa réputation, mieux vaut s’abstenir de faire affaire avec lui, prévient Alexandre Hénaut.

« C’est à toi de faire un petit travail », laisse-t-il tomber.

« C’est illégal »

« L’employé potentiel ne doit débourser aucun sou pour sécuriser un emploi au Canada. C’est strictement interdit, et c’est illégal », précise de son côté Dory Jade, PDG de l’Association canadienne des conseillers professionnels en immigration (ACCPI).

M. Jade souligne que les candidats payent parfois leur permis de travail de quelques centaines de dollars, selon leur situation familiale, mais que le reste des frais est souvent payé par l’employeur, et non par le candidat à l’immigration.

Au Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC), on admet qu’on aimerait faire le ménage en poursuivant « les praticiens non autorisés ».

Loi pas encore en vigueur

« En juin dernier, une nouvelle loi instaurant un tel pouvoir a été adoptée au Parlement ; elle n’est toutefois pas encore entrée en vigueur », a indiqué son directeur de la conduite professionnelle, Michael Huynh.

À Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), on invite les candidats à se fier au site web officiel du gouvernement du Canada pour avoir de bons formulaires.

« Cela permettra d’éviter que des personnes soient victimes de fraude ou risquent d’obtenir des informations ou des formulaires inexacts ou obsolètes », conclut sa porte-parole Nancy Caron.