/news/politics

François Paradis doit présider, pas animer

Antoine Robitaille | Agence QMI

Si ça continue, François Paradis perdra la confiance de l’Assemblée nationale.

Certes, les foires d’empoigne et les échanges d’insultes comme on en a observé jeudi à la fin de la période de questions sont monnaie courante au «salon de la race», selon le terme de Duplessis.

Normal, s’y entrechoquent les visions divergentes, voire opposées de la conduite du gouvernement, de l’État et de la société; portées par des personnes par nature combatives et ayant grande confiance en elles-mêmes.

C’est donc un grand défi pour tout individu qui, comme l’ancien animateur de télé, doit arbitrer les travaux en tant que président.

Problème profond

Il y a des effusions sans lendemain; et d’autres qui révèlent des problèmes profonds.

Jeudi, nous avons compris que nous étions dans ce second cas de figure.

Depuis quelque temps, on sent la confiance vacillante des oppositions - notamment des libéraux- à l’égard de l’équipe de la présidence et du président lui-même.

Un épisode est passé inaperçu: fin octobre, les élus du PLQ se sont carrément abstenus lors du vote de confirmation du nouveau secrétaire général (SG) de l’Assemblée nationale, Siegfried Peters; en quelque sorte le directeur général de l’institution. Une première.

Le SG assiste le président dans sa conduite des travaux. M. Peters arrive tout juste en poste. On sent que l’équipe s’ajuste et cela peut occasionner des couacs.

Le cas Dorion

Dans les oppositions, on dit du président qu'il a «du mal à trancher clairement ou trancher au bon moment».

Une autre source soutient que l’indécision de M. Paradis dans l’affaire de la photo d’Halloween de Catherine Dorion a profondément déçu des femmes parlementaires et conduit au dérapage autour du coton ouaté. Selon elles, il aurait dû défendre l'institution lorsque Dorion a faussement affirmé à «Tout le monde en parle» que l'accès lui avait été interdit au Salon bleu.

D'ailleurs, les libéraux ont finalement porté plainte contre l’iconoclaste, mais à la Commissaire à l’éthique. Non au président.

Pendant les travaux, M. Paradis intervient constamment: «Ça nous bouffe des minutes et des questions additionnelles!» dit une élue.

«Il n’est pas là pour animer, mais présider!» peste-t-on.

On le trouve partisan: il a récemment interdit le mot «en catimini», mais laisserait passer des termes blessants émis par le gouvernement. Mercredi, le leader caquiste Simon Jolin-Barrette a apostrophé le président par son prénom, «François, ça ne se passera pas de même!» Les oppositions y ont vu une preuve de partialité.

Or, c’est la première valeur que le président doit incarner. Il doit garantir le droit de parole des députés, surtout les plus vulnérables. Il doit écouter les questions de règlements des leaders, contrairement à ce qu’il a fait jeudi.

Plusieurs s’ennuient de la poigne de Jacques Chagnon, opaque certes quant à ses dépenses, mais qui savait quand suspendre les travaux pour se faire respecter. Ou du cran d’un Michel Bissonnet, qui savait rendre des décisions contre son parti; ce qui avait soulevé l’ire du PLQ minoritaire en 2007.