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Montréal a frôlé la catastrophe financière

Dominique Cambron-Goulet | Bureau d'enquête

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Les dépenses effrénées de l’administration Plante-Dorais ont mis la Ville de Montréal dans une situation financière périlleuse, si bien qu’une vaste opération de « restrictions budgétaires » a dû avoir lieu, a appris notre Bureau d’enquête.

Au printemps dernier, l’administration était en voie de dépasser de 400 M$ son budget en immobilisations pour l’année 2019, qui est d’environ 2 G$.

Les immobilisations, à ne pas confondre avec le budget courant, sont des sommes qui servent aux infrastructures, comme les rues, l’aqueduc et les bibliothèques. La majorité de cet argent vient d’emprunts faits auprès des institutions financières.

En d’autres mots, la Ville se dirigeait vers une catastrophe si elle continuait à dépenser autant avec sa carte de crédit.

Selon plusieurs sources, l’administration Plante-Dorais « a de la difficulté à établir ses priorités » et « veut tout réaliser ».

La Ville s’est donc livrée en coulisses à un exercice de coupes importantes­.

« Depuis mai, les octrois de contrats sont au ralenti, voire arrêtés, faute de fonds », indiquait une source municipale à la fin de l’été.

Des directeurs de services et d’arrondissements auraient reçu la consigne de sabrer les projets « non essentiels ».

« On nous a dit de baisser nos objectifs de réalisation de 35 à 50 % », nous a-t-on indiqué.

Sur la glace

Plusieurs projets d’infrastructures, dont certains à une étape de planification très avancée, ont donc dû être mis sur la glace.

L’échéancier de réalisation de la place des Montréalaises, cet espace public prévu au-dessus de l’autoroute Ville-Marie, entre la station de métro Champ-de-Mars et l’hôtel de ville, a été remis en question.

Mais l’impact s’est aussi fait sentir dans le quotidien des fonctionnaires, puisque toutes les dépenses ont été scrutées à la loupe.

Un employé municipal, qui a voulu garder l’anonymat, a indiqué à notre Bureau d’enquête qu’une dépense d’à peine quelques dizaines de milliers de dollars, comme une étude de circulation, devait obtenir une dérogation de la direction générale pour être approuvée.

Un voyage à Toronto

Au moment où la situation financière était délicate, des membres de l’administration de la mairesse Valérie Plante ont effectué un voyage à Toronto.

Le but était d’y rencontrer des représentants de grandes institutions financières et des agences de notation de crédit, afin de les rassurer par rapport à la saine gestion de la dette de la Ville de Montréal.

À la fin de 2018, la dette de la Ville était équivalente à 99 % de ses revenus annuels (environ 5 G$). Le président du comité exécutif, Benoit Dorais, avait prévu que ce taux monterait à 112 % cette année.

Alors que M. Dorais présentera le budget 2020 de la Ville lundi, il n’est pas clair si la situation financière est rétablie.

Selon une source au fait du dossier, des investissements trop importants peuvent avoir un impact pendant « plusieurs mois », voire « trois ans » avant que la situation financière ne revienne à la normale.

Autre indice que la situation n’est pas encore réglée, des projets d’infrastructures prévus l’an prochain sont incertains, notamment dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG).

« L’information qu’on a eue jusqu’à présent est qu’on n’aurait pas d’argent [de la ville-centre] pour ce genre de travaux [pavage de rue] l’an prochain », a indiqué le directeur des travaux publics de CDN-NDG, Pierre Boutin, lors de son dernier conseil d’arrondissement.

Solutions analysées

Dans un courriel envoyé à notre Bureau d’enquête à la fin octobre, le service des communications de la Ville de Montréal a indiqué que « plusieurs scénarios et pistes de solutions » sont actuellement analysés pour continuer à investir dans ses infrastructures « tout en respectant sa capacité d’emprunt ».

Une stratégie doit également être dévoilée lundi en même temps que le budget.

– Avec la collaboration de Christopher Nardi

Des conduites ne seront pas changées

Comment éviter d’éventrer à répétition une rue ? En profitant de sa réfection pour changer toutes les conduites d’égout et d’aqueduc.

Or, la situation financière délicate de la Ville de Montréal l’empêche désormais d’adopter cette bonne pratique.

Des courriels obtenus par notre Bureau d’enquête montrent qu’en 2020, des conduites d’aqueduc ne seront pas remplacées au moment de refaire la chaussée, car leur état n’est pas jugé « critique ».

C’est le cas dans le projet de reconstruction de la rue Peel et celui de l’intersection Côte-des-Neiges/Remembrance.

Dans un des courriels, un ingénieur s’étonne que la Ville fasse désormais le minimum, quitte à devoir rouvrir la chaussée dans quelques années.

« Avec le contexte budgétaire, notre direction doit se limiter aux conduites critiques et subventionnables », lui a répondu une fonctionnaire par écrit.