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Les médecins en région «sont écœurés»

Héloïse Archambault | Journal de Montréal

La pénurie «écœure» les spécialistes en région qui se retrouvent avec de lourdes charges médicales, malgré une compensation de revenu de 45%.  

«Les médecins me disent: "si je suis pour faire du 24-7, 365 jours par année, la prime, tu peux te la mettre où je pense"», résume le président de l’Association des anesthésiologistes du Québec, le Dr Jean-François Courval.  

«Les gens sont vraiment écœurés en région», avoue-t-il.  

Actuellement, 35 postes d’anesthésiologistes sont vacants (sur 765 postes). Puisqu’il s’agit d’une spécialité de base dans les blocs opératoires, une absence peut causer le report d’une opération.  

Payant  

Afin d’éviter les bris de service, des systèmes de dépannage sont mis en place partout au Québec. Ainsi, des médecins se portent volontaires pour travailler quelque temps en région, selon les besoins.  

D’après la Régie de l’assurance maladie du Québec, les spécialistes établis en région éloignée (Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Gaspésie) ont un revenu majoré de 45 %. Chez les omnipraticiens, le dépannage leur permet de toucher une prime allant jusqu’à 20 % de leur revenu.  

Or, les spécialistes en région sont souvent seuls, ce qui les oblige à faire beaucoup de gardes. Parfois durant des jours. À Sept-Îles, un seul des quatre postes d’anesthésistes est comblé.  

«La situation est difficile, ça c’est clair», dit le Dr Daniel Lefebvre, le seul spécialiste en poste.  

Heureusement, des médecins dépanneurs viennent l’aider.  

«Quand je suis seul, je suis sur appel. [...] Il y a un prix de sa vie personnelle à payer.»  

Souvent, les docteurs se lassent de ce rythme de vie, et finissent par déménager en ville.  

«Ils n’ont pas de misère à se déplacer ailleurs dans la province, il en manque partout», dit le Dr Courval.  

Pénurie de gériatres  

Du côté des gériatres, 31 des 141 postes sont libres. Dans les Laurentides, aucun des six emplois n’est comblé. Ces spécialistes ont un rôle crucial à jouer auprès des aînés et ils peuvent éviter qu’ils se retrouvent dans les urgences.  

«On est en pénurie partout. À Montréal, les gériatres travaillent plus que ce qu’ils voudraient», avoue le Dr Serge Brazeau, président de l’Association.  

Chez les physiatres, il manque toujours le quart des effectifs, malgré une hausse des postes depuis 10 ans. Résultat: les gens viennent de toutes les régions pour se faire soigner à Montréal.  

«C’est sûr que ce n’est pas l’idéal, mais on voit qu’il y aura une amélioration», dit le Dr Claude Bouthillier, président de l’Association.