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Parrain du bébé qu’il a mis au monde

Magalie Lapointe | Journal de Montréal

Une mère qui a dû accoucher de son second bébé sur la céramique de sa salle de bain a été si rassurée par la présence de policiers de Repentigny lors de cette épreuve qu’ils font désormais presque partie de sa famille. L’un des agents vient même d’être nommé parrain.  

« Lorsque la mère du garçon m’a demandé si j’acceptais de devenir le parrain [du bambin qui a eu 1 an mercredi], j’avais le petit sur moi. J’ai répondu : “bien oui, pourquoi pas”. Je suis devenu tout rouge. Tout le monde nous a sautés dans les bras », raconte l’agent Patrice Poulin qui compte 20 ans de métier.  

Le soir du 19 novembre 2018, Cassarina Claude, 23 ans, n’avait pas d’appétit. Enceinte jusqu’au cou, elle s’est rendue à l’hôpital. On lui a dit qu’elle souffrait de douleurs ligamentaires et on l’a renvoyée chez elle, où elle a accouché quelques heures plus tard ! 

Après avoir pris un bain chaud, la femme enceinte avait toujours très mal. 

« J’ai dit à ma mère : “j’ai l’impression que je vais accoucher” », raconte-t-elle. 

Infirmière de métier, sa mère a examiné sa fille enceinte. 

« On voit la tête », aurait-elle crié.  

Perdant tous ses moyens, elle a composé le 911. Pas le temps de retourner à l’hôpital. 

Réconfortants 

Rapidement, les ambulanciers sont arrivés. Puis, deux minutes plus tard, les agents Geneviève Audet et Patrice Poulin, partenaires de patrouille et en couple dans la vie, étaient là. 

« La mère de Cassarina a donné le iPad pour qu’il [l’agent Poulin] filme la scène », raconte la policière de 38 ans.  

« Elle m’a dit : ‘‘Filme ! Allez, filme !’’ Je me disais, je ne peux toujours bien pas filmer, je suis policier », ajoute son conjoint en riant. 

« Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a rassurée de voir des policiers en uniforme. Ma mère qui capotait, mon beau-père qui était stressé et moi qui voulais juste un bébé en santé. Ils ont calmé tout le monde. Ils étaient tellement présents et réconfortants », se rappelle la maman. 

L’agente Audet a pris le bébé dans ses bras à 3 h 11, 12 minutes après sa naissance.

Capture d'écran courtoisie

L’agente Audet a pris le bébé dans ses bras à 3 h 11, 12 minutes après sa naissance.

Il était 2 h 59, lorsque le petit Adar est venu au monde. Trois minutes plus tard, l’ambulancier a donné le bébé emmitouflé dans deux couvertures, dont une en aluminium pour garder la chaleur du poupon, à l’agente Audet. 

« Elle [l’agente Audet] l’a pris dans ses bras. Elle avait les yeux dans l’eau. Elle le regardait émue », ajoute la mère de 23 ans. 

Cadeau et cupcake 

Sans nouvelle du petit Adar pendant presque un an le couple de patrouilleurs a eu l’idée d’aller lui offrir un petit présent et un cupcake au chocolat, le 17 novembre, quelques jours avant son premier anniversaire. 

« Il y avait du monde dans la cabane ! Toute la famille était là. Ils nous ont si bien accueillis. Cette chaleur humaine nous a tellement fait du bien. Il ne faut pas le cacher, 95 % de notre travail de policier est négatif », explique l’agente Audet. 

Touchée par l’ouverture et la bienveillance des policiers, la mère de Mme Claude a eu une idée. 

L’agent Poulin a accepté d’être le parrain d’Adar.

Photo Pierre-Paul Poulin

L’agent Poulin a accepté d’être le parrain d’Adar.

Bien que le garçon avait une marraine, il n’avait pas de parrain lors de la visite du couple de policiers.  

La jeune maman a donc demandé à l’agent Poulin s’il acceptait de devenir le parrain de son protégé. 

Confiance 

« C’est particulier. C’est touchant de voir que des inconnus te font aussi confiance. On va voir où ça nous mène. On laisse aller. On va avoir que du plaisir à travers ça. Ç’a tellement l’air du bon monde », a conclu l’homme de 44 ans. 

La femme d’origine haïtienne n’a pas d’attentes. Bien que le titre de parrain soit très symbolique pour la famille chrétienne, Mme Claude ne veut pas mettre de pression sur l’élu. 

« Ce serait bien que le monde sache que sans eux, je n’aurais jamais eu ce type d’accouchement-là. Les policiers ont une façade, mais ce ne sont pas des personnes dures à cuire », insiste Cassarina Claude.