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Les députées régulièrement victimes d'insultes, dénonce Christine Labrie

Vincent Larin | Le Journal de Montréal

«Va chier la brebis», «tu es une caliss de prostituée», «heille la nunuche, allez-vous rhabiller ou suicidez-vous»: la députée solidaire Christine Labrie a lu mercredi à l’Assemblée nationale des insultes reçues par ses collègues femmes et elle pour dénoncer la cyberintimidation à leur endroit.  

«C’est difficile à entendre et je m’en excuse encore, personne ne devrait avoir à entendre ce genre de commentaires, mais c’est la réalité à laquelle on fait face, ici, au Québec, en ce moment», a expliqué la députée solidaire, le trémolo dans la voix.   

De telles insultes, Christine Labrie en voit régulièrement. Et des pires même. Par exemple, cette fois où un citoyen déçu de la conclusion de son dossier l’a menacée en ligne en nommant ses enfants.      

«De dire que les femmes reçoivent des messages haineux, ça ne veut pas dire grand-chose, mais quand on les lit, quand on l’entend, ça fait un choc. En les lisant à voix haute, ça m’a vraiment ébranlée plus que de les lire à l’écrit», a-t-elle confié par la suite en entrevue.    

La députée de Sherbrooke craint que de telles attaques à l’endroit des politiciennes dissuadent d’autres femmes de se lancer en politique. C’est pourquoi elle a pris la parole devant ses collègues.   

«Faire taire les femmes»  

«Ces attaques-là, elles visent à faire taire les femmes, donc la façon pour moi de répliquer c’est de ne pas me taire, [...] de ne pas me laisser influencer ou censurer par des personnes qui voudraient qu’on n’occupe pas l’espace public», a-t-elle détaillé en entrevue.    

Elle s’est prononcée à ce sujet au moment du dépôt d’une motion dans le cadre de la campagne «12 jours contre la violence faite aux femmes» par le Cercle des femmes parlementaires. L’Assemblée nationale a ainsi reconnu que «l'hostilité envers les femmes freine leur engagement politique».    

Christine Labrie met de l’avant son parcours en études féministes pour expliquer comment elle compose avec ces attaques régulières reçues par courriel, via les réseaux sociaux et même par téléphone, au bureau de comté.   

Respect  

Elle encourage toutes les personnes «qui ont une tribune» à l’utiliser avec respect, mais aussi pour dénoncer cette violence verbale envers les femmes. Elle pointe d’ailleurs la «dynamique de conflit» très présente selon elle à l’Assemblée nationale.    

«Ce qu’on se fait dire, c’est que ça fait partie de la «game», mais non, ça ne devrait pas être normal. Ce n’est pas parce qu’on devient une personnalité publique qu’on doit vivre ça», a-t-elle affirmé.    

Interpellée à ce sujet, la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, convient que le climat parfois tendu à l’Assemblée nationale pourrait dissuader certaines femmes de se lancer en politique.    

«Des fois, je trouve que c’est un cirque au Salon bleu et je n’apprécie pas ce genre de comportement là. Il y aurait matière à un peu plus de civisme, à se comporter de façon un peu plus élégante», a-t-elle indiqué.   

Extraits de messages haineux reçus par des députées et lus mercredi au Salon bleu par Christine Labrie

- «Si j’étais ton fils ou ta fille, j’aurais honte de ma mère»  

- «Tu devrais décrisser, car tu n’es qu’une pollution à voir»  

- «Retourne vivre dans le village d’où tu viens, inutilité vivante»  

- «Osti de plotte sale criminelle et corrompue»  

- «Minable prostituée du crime organisé, va te faire enculer crisse de salope»