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Le «repérage en magasin» fait mal aux petits commerçants

Agence QMI

Adobe Stockphoto

De plus en plus de consommateurs font du repérage en magasin avant d’acheter en ligne, un phénomène qui préoccupe la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Ce repérage en magasin, aussi appelé «showrooming» pour les initiés, consiste à passer en magasin pour voir la marchandise, sans l’acheter, pour ensuite procéder à la transaction en ligne auprès d’un autre commerçant ou même d’une grande bannière.

Un phénomène alarmant, indique Gopinath Jeyabalaratnam, conseiller aux affaires économiques et gouvernementales de la FCEI.

«C’est une situation où il y a un gagnant et un perdant clair. Le perdant c’est notre commerçant local», mentionne-t-il par courriel.

Alors qu’on s’engage dans la très achalandée période des Fêtes - avec d’abord le Vendredi fou et le Cyberlundi -, la FCEI souhaite sensibiliser les gens afin qu’ils soutiennent mieux les commerces de proximité.

Ainsi, selon un sondage de la FCEI, jusqu’à 60% des commerçants affirment avoir déjà été confrontés au phénomène du repérage en magasin. Aussi, jusqu’à 33 % d’entre eux affirment que cela a un impact sur leur chiffre d’affaires.

Des pertes inestimables pour les entreprises locales, déplore la FCEI.

«Ce phénomène fera en sorte que le petit commerçant investira temps et argent dans son commerce local, sans pour autant recevoir les fruits de son travail», dit M. Jeyabalaratnam.

La FCEI indique par ailleurs que 55% des consommateurs ont adopté cette pratique, notamment les 18-34 ans dans une plus large proportion. Un coup de sonde, mené auprès de 1510 membres du Forum Angus Reid, indique que 75% des personnes interrogées dans cette tranche d’âge ont déjà fait du repérage en magasin pour acheter ensuite en ligne, et un jeune sur sept le fait même régulièrement.

«Quand les gens vont en magasin pour se renseigner sur un produit ou pour l'essayer, et qu'ils le prennent ensuite en photo ou notent son numéro de série pour l'acheter en ligne, ils ne se rendent peut-être pas compte que c'est non seulement une vente qui échappe au commerçant, mais aussi de l'argent qui sort de leur communauté», a dit mercredi Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales à la FCEI, par communiqué.

Des solutions?

M. Jeyabalaratnam croit que le phénomène peut être contré de différentes façons, notamment grâce à une taxation plus juste envers les grandes entreprises.

«La plus grande [solution] c’est d’établir l’équité et s’assurer que tous les géants paient leur juste part en termes de taxes et impôts, dit-il. Le gouvernement doit également accompagner les PME dans leur transition numérique.»

Les entreprises devront donc faire preuve d’innovation pour mieux rivaliser contre les géants du web.

«Le virage numérique peut aider, croit M. Jeyabalaratnam. On voit des commerces qui réfléchissent à un modèle hybride de salle d’exposition-vente en ligne, d’autres misent sur l’expérience client et le contact personnel.»

Toutefois, le conseiller insiste sur le fait que les commerces en ligne comme Amazon continueront à profiter de cette iniquité fiscale tant que les gouvernements n’agiront pas.

«Pendant cet ajustement, l’iniquité perdure : les géants du web continent à avoir un passe-droit en matière de fiscalité, note M. Jeyabalaratnam. Peu importe la solution adoptée, elle n’aura pas l’effet escompté si les géants du web qui ne paient pas d’impôts ou de taxes réussissent à offrir des prix plus bas. Pour qu’une course soit équitable, il faut que les règles du jeu soient les mêmes pour tous.»