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Un pot-de-vin de 10 M$ offert par un avocat

Jean-François Cloutier | Le Journal de Montréal

PHOTO D'ARCHIVES, CHANTAL POIRIER

Un avocat d’un grand cabinet montréalais aurait offert un pot-de-vin de 10 millions $ à un agent d’infiltration de la GRC pour qu’un ex-cadre de SNC-Lavalin arrêté change sa version des faits.

Constantin Kyres, un avocat du prestigieux cabinet Dentons, aurait offert 10 millions $ dans une salle du cabinet de la place Ville-Marie à l’automne 2013 à un consultant.

Or, celui-ci était en fait un agent d’infiltration de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui se disait proche de Riadh Ben Aïssa, un ex-cadre de SNC arrêté en Suisse.

Cet agent a témoigné mercredi au procès de Sami Bebawi, un ex-cadre de SNC accusé de fraude et de corruption, au palais de justice de Montréal.

On reproche notamment à Bebawi d’avoir participé au versement de pots-de-vin à Saadi Kadhafi, le fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi, en échange de contrats pour SNC.

Selon le témoignage livré mercredi par l’agent, Me Kyres aurait offert cette somme pour que Ben Aïssa mente et dise que de l’argent que lui et Bebawi avaient en Suisse devait servir à financer des projets commerciaux personnels en Égypte.

Ben Aïssa devait, en échange du pot-de-vin, prendre tout le blâme pour la corruption chez SNC-Lavalin et dire que Bebawi ignorait la provenance de fonds dans une société-écran.

Dans des extraits d’écoute électronique entendus mercredi en cour, l’avocat Kyres se montre d’abord méfiant envers l’agent d’infiltration puisqu’il n’a pas le statut d’avocat.

« Je pourrais parler plus librement si tu étais avocat », dit-il, expliquant qu’il pourrait alors invoquer le secret professionnel si on lui pose des questions.

Faux bureau

« Tu pourrais être un journaliste ou travailler pour le gouvernement », suspecte-t-il à un autre moment.

L’agent le rassure en lui disant qu’il ne verra pas son nom dans les journaux avant longtemps.

L’avocat discute ensuite longuement avec le faux consultant des moyens qu’il faudrait prendre pour verser le pot-de-vin sans éveiller les soupçons, soit en envoyant l’argent à Dubaï, soit en payant les sommes à des proches de Ben Aïssa.

La GRC a déployé des moyens exceptionnels pour piéger l’avocat montréalais, a-t-on pu voir mercredi. Un faux bureau avec de faux employés dans la région de Toronto a même été mis sur pied.

Lors d’une conversation enregistrée dans ce bureau, Constantin Kyres dit que les avocats comme lui sont très flexibles dans les arrangements financiers permettant d’éviter un procès.

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