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Une première femme à la tête de la SQ

Michael Nguyen | Le Journal de Montréal

Johanne Beausoleil deviendra la directrice générale par intérim de la Sûreté du Québec (SQ) dès le 16 décembre prochain, lors du départ à la retraite de Mario Bouchard, a annoncé la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault.       

Le Conseil des ministres a d’abord nommé Mme Beausoleil directrice générale adjointe de la SQ.       

Mario Bouchard avait été appelé à diriger la Sûreté du Québec (SQ) par intérim lorsque le directeur Martin Prud’homme a été relevé de ses fonctions en mars pour fins d’enquête.       

Johanne Beausoleil a affirmé vouloir assurer la transition et «la stabilité au sein de l'organisation» durant son mandat.

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Vérificatrice interne  

Assez ironiquement, c’est M. Prud’homme qui avait ouvert les portes de la SQ à Johanne Beausoleil en la nommant directrice de la vérification en 2015.                

Elle était alors sous-ministre associée au ministère de la Sécurité publique, où elle avait autrefois collaboré avec lui.                

À son entrée en fonction avec la Sûreté du Québec, on lui avait confié, entre autres choses, le mandat de revoir la gestion des fonds secrets d’opérations, dont le laxisme avait été largement décrié. 

 

  

De retour au QG  

L’été dernier, Mme Beausoleil a quitté ses fonctions à la SQ pour se joindre à l’équipe de direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), là aussi dans un rôle semblable de vérificatrice interne.               

D’après nos sources, la ministre Geneviève Guilbault privilégiait la nomination d’une femme pour prendre les rênes de la SQ.               

Des policiers questionnés à ce sujet ont dit n’avoir aucun problème avec le fait qu’une femme dirige l’organisation, mais ils ont dit craindre que le fait qu’il s’agisse d’une civile fasse quelque peu grincer des dents.               

Fonctionnaires  

Ce ne serait pas la première fois qu’on fait appel à un fonctionnaire hors des rangs policiers pour assumer la direction du plus grand corps policier de la province.               

En 1996, Guy Coulombe, un gestionnaire de haut niveau au gouvernement du Québec avait été le premier civil à la tête de la SQ.                

Deux ans plus tard, Florent Gagné, un autre fonctionnaire, lui avait succédé et avait conservé le poste jusqu’en 2003.               

Elle a gravi les échelons                   

Johanne Beausoleil a débuté sa carrière en 1988 comme surveillante de femmes contrevenantes, à la Sûreté du Québec.               

Pendant plus d’une décennie, elle a occupé successivement des postes d’agente des services correctionnels, de chef d’unité et de direction dans différents établissements de détention de la province.               

En 2005, Mme Beausoleil est nommée directrice des services correctionnels de l’Outaouais.               

De 2007 à 2014, elle travaille au sein du ministère de la Sécurité publique, occupant plusieurs fonctions importantes, dont sous-ministre associée à la Direction générale de services correctionnels.               

En 2015, la femme se joint à la Sûreté du Québec comme directrice de la vérification. Un an plus tard, elle est mandatée par Martin Prud’homme pour faire la lumière sur le scandale concernant des journalistes épiés par le corps de police provincial.                

À l’été 2019, Mme Beausoleil quitte la Sûreté du Québec pour aller travailler à la police de Montréal, où elle a œuvré jusqu’à tout dernièrement comme vérificatrice interne.                    

Qu’adviendra-t-il de Martin Prud’homme ?                

La nomination par Québec d’une deuxième personne à la direction par intérim de la SQ vient rappeler que le titulaire du poste reste toujours dans l’attente de connaître son sort, et ce, près de neuf mois après avoir été suspendu sur la foi d’obscures allégations.               

Martin Prud’homme semblait faire l’unanimité jusqu’à ce que le ciel lui tombe sur la tête, le printemps dernier.                

Son travail à la Sûreté du Québec (SQ) était si apprécié que le gouvernement avait même fait appel à lui pendant une année pour remettre la police de Montréal sur les rails après une série de cafouillages.               

Mais le 6 mars dernier, quelques mois après son retour au quartier général de la rue Parthenais, à Montréal, le directeur Prud’homme a été relevé de ses fonctions par la ministre de la Sécurité publique.                

Geneviève Guilbault disait alors devoir intervenir à la suite d’allégations d’infractions criminelles.               

Depuis, Martin Prud’homme, qui n’a pas été arrêté ni accusé de quoi que ce soit, continue de ronger son frein chez lui, où on lui verse son plein salaire.               

Pas encore rencontré  

La nature précise des allégations en cause n’a jamais vraiment filtré, mais celles-ci seraient liées à l’enquête sur les fuites d’informations confidentielles à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).               

Les enquêteurs croient que l’ancien patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, et M. Prud’homme auraient eu des communications inappropriées au cours de cette enquête, avait par ailleurs révélé notre Bureau d’enquête.               

Aux dernières nouvelles, Martin Prud’homme n’aurait toujours pas été rencontré par les enquêteurs et ignorerait ce qu’on lui reproche.               

Une enquête de 1,6 M$  

À la demande du ministère de la Sécurité publique, c’est maintenant le Bureau des enquêtes indépendantes qui chapeaute le dossier.                

Cette enquête coûterait au moins 1,6 million $ par année et occupe 14 enquêteurs à temps plein, selon des documents obtenus par La Presse en août.               

Une demande pour renouveler le budget des opérations pour cette investigation aurait récemment été approuvée.