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Droits de la personne: Mike Ward débouté en appel

Michaël Nguyen | Journal de Montréal

L’humoriste Mike Ward devra bel et bien verser 35 000 $ à Jérémy Gabriel pour avoir fait des blagues discriminatoires sur le jeune artiste, vient de trancher la Cour d’appel du Québec.  

«M. Ward peut-il, sous le couvert de l’humour et de la liberté d’expression, tenir n’importe quel propos? Non. L’humoriste, comme tous les citoyens du Québec, doit respecter la Charte et ses valeurs fondamentales», peut-on lire dans le jugement de 64 pages rendu ce jeudi. L’humoriste Mike Ward devra bel et bien verser 35 000$ à Jérémy Gabriel pour avoir fait des blagues discriminatoires sur le jeune artiste, vient de trancher la Cour d’appel du Québec.  

«M. Ward peut-il, sous le couvert de l’humour et de la liberté d’expression, tenir n’importe quel propos? Non. L’humoriste, comme tous les citoyens du Québec, doit respecter la Charte et ses valeurs fondamentales», peut-on lire dans le jugement de 64 pages rendu jeudi.       

Il s’agit donc d’un nouveau revers pour l’humoriste qui s’était moqué de Jérémy Gabriel lors du spectacle Mike Ward s’expose, présenté 230 fois entre 2010 et 2013.       

Ward avait entre autres affirmé que «le petit Jérémy» était «laid» et qu’il était prétendument mourant, mais qu’il n’était «pas tuable». Il s’était aussi moqué d’une malformation physique du jeune chanteur, ainsi que de son implant auditif.       

Le jeune chanteur et ses parents avaient porté plainte à la Commission des droits de la personne et le tribunal avait finalement condamné Ward à verser 35 000$ à Jérémy Gabriel, ainsi que 7000$ à la mère de ce dernier.       

Cette décision n’avait toutefois pas plu à l’humoriste, qui avait fait appel du jugement.       

«Je trouve dégueulasse d’être ici pour avoir fait de l’humour noir, avait laissé tomber l’humoriste en marge de l’audience d’appel. Qu’ils mangent de la marde!»   

   

Léger gain   

Mince consolation pour Ward, la Cour d’appel a toutefois tranché que le tribunal de première instance avait fait fausse route en lui ordonnant de verser 7000$ à la mère de Jérémy Gabriel, estimant que, même si «la preuve démontre que les parents de M. Gabriel ont été profondément bouleversés par les événements», ces derniers n’avaient pas droit à un versement en vertu de la Charte.   

Humour permis   

Dans la décision – appuyée par deux juges sur les trois qui ont entendu la cause –, la Cour d’appel a toutefois tenu à rappeler que l’humour noir n’était pas interdit et que la décision rendue n’empêchait absolument pas de tenir des propos humoristiques à propos de personnes handicapées.       

«Tout est affaire de circonstances, a rappelé la cour. Ici, le tribunal a conclu que les propos [de Ward] ont outrepassé les limites de ce qu’une personne raisonnable doit tolérer au nom de la liberté d’expression.»       

Dans le cas de Mike Ward, les juges ont d’ailleurs rappelé que l’humoriste «ne pouvait ignorer les conséquences de ses blagues sur M. Gabriel».       

«Il ne s’agit pas de paroles lancées sans réfléchir, mais, au contraire, de propos étudiés, planifiés et répétés pendant une longue période à des milliers de personnes.»       

L’avocat de Mike Ward, Julius Grey, a brièvement commenté l’affaire sur les réseaux sociaux. Qualifiant la décision de «victoire partielle et défaite partielle», il a assuré qu’il porterait la cause en Cour suprême.     

«L’humour n’est pas un crime»

L’humoriste a réagi à la décision dans une publication partagée en début de soirée sur les réseaux sociaux. Mike Ward affirme son intention de porter la cause en Cour suprême du Canada. 

 

 

«Je vais encore refuser de payer, on va aller en Cour suprême du Canada. L’humour n’est pas un crime», peut-on lire. «Dans un pays "libre", un juge ne devrait pas dicter ce qui est faisable ou non en humour.»