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Le manque de planification a coûté la vie à un fermier et son employé

Dominique Lelièvre | Journal de Québec

Il n’y avait «aucune mesure» ni «aucun équipement» pour assurer la sécurité des travailleurs, le 26 septembre 2018, quand un fermier et son employé sont morts asphyxiés dans un silo de grains, en Beauce. 

C’est ce qu’ont constaté les enquêteurs de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), après avoir rencontré une trentaine de témoins. 

L’organisme a dévoilé son rapport, jeudi, plus d’un an après le décès de Dany Rodrigue, 45 ans, qui était propriétaire de la ferme laitière Rodveil Holstein, à Saint-Simon-les-Mines, et de son employé Axel Josué Saloj Micalux, 23 ans. 

Ce jour-là, à 16h40, l’employeur a demandé à deux travailleurs d’accéder à l’intérieur du silo pour niveler l’ensilage de maïs avec des fourches. 

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Le premier travailleur a atteint une porte d’accès à une hauteur de 18 mètres à l’aide d’une échelle. Selon la CNESST, il a crié puis perdu conscience à l’instant où il a inséré sa tête dans le silo. L’atmosphère y était pauvre en oxygène, résultat de la fermentation.  

Rapport accablant 

Plus bas dans l’échelle, le deuxième travailleur a été incommodé par un courant d’air lui aussi dépourvu d’oxygène. Pris d’étourdissements, il est retourné au sol pour aller avertir son employeur. 

Dany Rodrigue est monté dans le silo pour aller porter secours à son employé et a subi le même sort que ce dernier. Leurs corps ont été récupérés par les pompiers. Tous les deux sont morts asphyxiés, concluent les enquêteurs. 

Le rapport d’enquête est accablant pour la ferme laitière. «Les travailleurs n’ont pas été informés adéquatement sur les risques reliés au travail à l’intérieur des silos, et l’employeur ne leur a pas assuré la formation, l’entraînement et la supervision appropriée», peut-on lire. 

PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI

Le travailleur qui a survécu a affirmé «qu’il ne connaissait pas les dangers reliés au travail à l’intérieur des silos». 

«Aucune mesure n’a été prise pour y exécuter le travail de façon sécuritaire. Aucun équipement de protection individuelle et collective n’a été fourni ou mis en place», apprend-on. 

Recommandations 

«Aucun relevé de la qualité de l’air n’a été pris avant l’entrée des travailleurs», il n’y avait «aucun plan de sauvetage» ni «aucun surveillant à l’extérieur de l’espace clos», écrivent les enquêteurs. 

Ces derniers ont aussi noté des problèmes de communication entre l’employeur et les travailleurs recrutés à l’étranger. Ils avaient parfois recours à «Google Traduction» pour se comprendre. Cependant, l’enquête n’a pas pu établir de lien entre l’accident et la barrière de la langue. 

Dans ses recommandations, la CNESST rappelle qu’une procédure doit être respectée lors du travail en espace clos pendant la période de fermentation.  

Le port d’un appareil de protection respiratoire est obligatoire à moins que des mesures confirment que l’atmosphère est sûre. 

L’organisme fera part de ses conclusions à l’Union des producteurs agricoles et auprès des programmes d’études en agriculture, notamment.

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