/news/law

Lamarre au courant des pots-de-vin?

Jean-François Cloutier | Le Journal de Montréal

PHOTO D'ARCHIVES, CHANTAL POIRIER

Non seulement l’ex-patron de SNC-Lavalin Jacques Lamarre était au courant de l’achat d’un yacht pour le fils d’un dictateur en Libye, il aurait même été question de lui en offrir un deuxième plus gros, selon un ex-cadre de l’entreprise.

Un enquêteur de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Alexandre Beaulieu, a livré vendredi matin le contenu d’une conversation qu’il aurait eue en avril dernier avec Sami Bebawi, un ex-cadre de SNC accusé de fraude et de corruption.

On reproche notamment à Bebawi d’avoir participé au versement de pots-de-vin en Libye, en échange de contrats pour SNC.

Bebawi subit actuellement son procès au palais de justice de Montréal. Il se serait confié au policier lors d’une pause, en marge de procédures préliminaires, a relaté l’agent au procès.

« Ce qui était le plus frustrant pour lui, c’était que Jacques Lamarre, dans les nouvelles, niait tout ce qui s’était passé par rapport au bateau », a indiqué l’enquêteur Alexandre Beaulieu.

Plusieurs témoins sont déjà venus raconter que SNC-Lavalin aurait offert au début des années 2000 un yacht de 25 millions $ US à Saadi Kadhafi, le fils du dictateur libyen Mouammar Kadhafi.

Paradis fiscal

SNC-Lavalin aurait payé ce bateau en effectuant des paiements dans une société-écran des Îles Vierges britanniques, un paradis fiscal, dans laquelle Bebawi et Riadh Ben Aïssa, un autre ex-cadre de SNC, avaient des intérêts, selon ce qu’ont rapporté des témoins.

Kadhafi aurait choisi son yacht lors d’un événement nautique à Cannes, sur la Côte d’Azur, après que SNC-Lavalin eut reçu de lucratifs contrats en Libye.

« Criss, il [Jacques Lamarre] le savait, il l’a approuvé [l’achat du yacht]. Riadh Ben Aïssa m’a donné ça [le projet d’acheter un yacht] et je ne voulais pas approuver », aurait déclaré Bebawi au policier.

Bebawi aurait aussi dit au policier qu’il avait référé Ben Aïssa à Lamarre pour prendre une décision au sujet du yacht.

Il était même question d’acheter un deuxième bateau « parce que le premier n’était pas assez gros », aurait déclaré Bebawi au policier sur un ton sarcastique.

L’ancien cadre accusé de corruption se serait dit « triste par rapport à ce qui arrivait à la compagnie et à ses employés » et aurait dit constater que ses anciens collègues avaient vieilli, selon le policier Beaulieu.

Il aurait déclaré à l’agent qu’« une de ses plus grosses erreurs » dans sa vie avait été d’aller travailler chez SNC-Lavalin.

Le témoignage du policier Beaulieu clôt la preuve de la Couronne. La défense doit annoncer la semaine prochaine si elle compte faire entendre des témoins.

Dans la même catégorie