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Le problème des promesses en l’air

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Le gouvernement Legault se fait un point d’honneur de rappeler qu’il tient ses promesses électorales. Or il vient de rater une belle occasion d’en tenir une pourtant simple: celle des congés parentaux pour parents adoptants.

En toute transparence, je recevais ce mois-ci en 2012, l’appel que mon mari et moi attendions depuis plus de quatre ans. Celui de nous envoler enfin vers les Philippines à la rencontre de notre fille de deux ans. Ce fut le plus beau et plus intense Noël de ma vie.

À l’époque mon mari et moi nous trouvions chanceux. Habitant au Québec, nous avions droit à un régime de congé parental plus généreux que celui dans le reste du pays. N’empêche, les 15 semaines de plus qu’accorde un congé de maternité, nous les aurions prises.

Car les enfants adoptés ne sont pas «des modèles de base». Ils viennent avec des options plus ou moins compliquées liées à leur passé en orphelinat ou en famille d’accueil. Voilà pourquoi depuis plus d’une décennie les parents adoptants réclament d’avoir droit aux mêmes 55 semaines que les parents biologiques. Les 15 semaines octroyées à la mère biologique pour se remettre de la grossesse et l’accouchement, c’est l’enfant adopté qui en a besoin pour s’attacher à ses nouveaux parents.

Voilà pourquoi, la promesse du gouvernement Legault était si importante aux yeux de ces parents. Elle consacrait noir sur blanc le fait que leurs enfants adoptés avaient les mêmes droits que les enfants biologiques: celui d’un parent à la maison pendant un an.

Et cette promesse était écrite noire sur blanc: «Un gouvernement de la CAQ augmentera le nombre de semaines de prestations pour les parents adoptants afin que ces derniers bénéficient des mêmes avantages que les parents biologiques, c'est-à-dire 55 semaines au lieu de 37.»

Promesse brisée

Or la réforme annoncée jeudi n’est rien de moins qu’une promesse brisée.

Certes, le gouvernement offre cinq semaines supplémentaires à chaque parent. Et les parents adoptant à l’international auront droit à cinq semaines supplémentaires pour le voyage. Nous voilà donc rendus avec trois classes de parents: les biologiques, les adoptants-internationaux et les adoptants au Québec. On est loin de la parité!

«Je dois faire amende honorable au nom de mon parti, a répondu le ministre Jean Boulet en entrevue à La Joute. Quand on fait un projet de loi il faut faire une analyse rigoureuse, comprendre les incidences.»

Le ministre Jean Boulet plaide donc qu’il n’a pas le choix d’entretenir cette discrimination parce que les tribunaux ont statué que les mères biologiques ont droit à un traitement différent en raison de l’accouchement et la grossesse. Des juristes vous expliqueront que cette interprétation de la jurisprudence est à courte vue.

Une chose est certaine, tant le Parti libéral du Canada que le Parti conservateur ne croient pas que le problème est incontournable puisqu’ils ont tous deux fait la promesse d’un congé de 55 semaines aux parents adoptants lors de la récente campagne. Si c’est bon pour Ottawa, pourquoi ce ne le serait pas pour Québec?

Promesse en l’air

Alors, pourquoi l’avoir faite cette promesse?

Avant de répondre à une demande qu’une communauté de parents réclame depuis plus d’une décennie, on oserait croire qu’un parti politique a réfléchi à la question. Le fait qu’il y ait des écueils juridiques au fait d’offrir la parité aux parents adoptants était connu bien avant les élections de 2018.

Mais non, il était plus facile de promettre mer et monde et de se préoccuper des détails plus tard. Trahir les électeurs qui ont fait confiance à la CAQ sur cet enjeu? Bof, on leur dira qu’on a fait notre possible.

Un gouvernement trop pressé

Le pire dans tout ce débat, c’est que des avenues existent bel et bien pour permettre au gouvernement d’offrir le même nombre de semaines de prestations aux parents adoptants qu’aux parents biologiques.

Le gouvernement aurait dû en profiter pour redéfinir les bases du RQAP autour des droits des enfants et non ceux des parents. Car le congé parental doit avant tout permettre de tisser des liens d’attachement durable avec son enfant, veiller à son développement moteur, cognitif et affectif, peu importe son origine.

Entreprendre une telle démarche aurait certainement pris plus de temps. Elle aurait exigé qu’on réfléchisse à l’ensemble des enfants et de leurs besoins.

Or si l’automne nous a révélé une chose, c’est que le gouvernement Legault est pressé. Vite l’immigration, vite les maternelles 4 ans, vite l’argent dans les poches des familles.

En proposant cette réforme qui n’est pas à la hauteur de sa promesse, la CAQ fait le pari que le bonheur d’une majorité de parents au Québec fera oublier la promesse brisée envers la petite minorité d’adoptants.

L’égalité des chances pour les enfants adoptés? Trop compliqué il faut croire.

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