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Un CHSLD n’envoie pas un aîné gravement blessé à l’hôpital

Amélie St-Yves | Le Journal de Montréal

Les proches d’un homme atteint d’Alzheimer ne comprennent pas que son CHSLD n’ait pas appelé une ambulance dès qu’il a commencé à vomir après s’être violemment cogné la tête, vendredi soir.

Guy Bastien, 82 ans, a été transféré aux soins palliatifs samedi matin, à l’hôpital de Trois-Rivières. Il souffre d’une fracture du crâne et d’une hémorragie au cerveau inopérable. Il reçoit des injections de morphine toutes les trois heures et pourrait ne pas passer la fin de semaine.

Tout allait pourtant bien vendredi après-midi. L’octogénaire avait même eu la visite de sa conjointe et de son fils, jusqu’à environ 17h, au centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Roland-Leclerc.

Il reconnaissait sa famille et pouvait encore dire des petites phrases, marcher, manger et aller aux toilettes seul.

Vers 20h30, le téléphone de sa conjointe, Claudette Bellemare, a sonné. Une employée du centre lui aurait alors annoncé que son mari avait été blessé dans un accident.

«Elle m’a dit que le gardien l’avait poussé, qu’il est parti par en arrière, et qu’il est tombé sur le dos», mentionne la dame.

Elle ajoute avoir été avisée qu’il avait vomi et saigné du nez, mais qu’on ne jugeait pas nécessaire de l’envoyer à l’hôpital, pour ne pas qu’il revienne encore plus confus, vu son Alzheimer. On lui aurait alors affirmé le surveiller de près.

Dans son vomi

Son fils, Marc Bastien, est retourné au centre vers 21h, après avoir été mis au courant par sa mère. Il raconte avoir trouvé son père seul dans sa chambre, dans son vomi et son sang. Il a alors composé le 911.

«Et je leur ai dit d’amener la police aussi», ajoute-t-il, car il pensait que le gardien pourrait être arrêté.

L’ingénieur de formation s’est d’ailleurs énervé quand il l’a croisé. Selon sa version des faits, il l’a d’abord bousculé pour lui faire comprendre qu’il n’avait pas à pousser son père. L’autre homme aurait rétorqué, et ils en seraient venus à s’échanger quelques coups jusqu’à ce que des préposés les séparent.

La police de Trois-Rivières confirme être intervenue vers 21h puisqu’un proche d'un patient s’en serait pris à un membre du personnel. Marc Bastien devra comparaître ultérieurement, possiblement pour des accusations de voies de fait.

Formation

«Choqués... on ne peut pas être satisfaits de la façon dont ça s’est déroulé», laisse tomber Claudette Bellemare.

La famille lance maintenant un cri du cœur pour une meilleure formation chez les personnes qui travaillent avec des gens atteints d’Alzheimer.

«L’accident, c’est un manque de formation. Mais la suite des choses, c’est volontaire. Demandez à n’importe qui. Quelqu’un qui se cogne la tête, qui vomit et qui saigne du nez, tu ne peux pas ne rien faire», souligne M. Bastien.

Son père, un retraité de la Belgo à Shawinigan, avait déjà eu des antécédents d’agressivité, un symptôme commun chez les gens souffrant de cette maladie, mais ce n’est pas une excuse, selon ses proches.

«Il n’y a rien qui justifie de bousculer une personne âgée malade. Rien. Même s’il était agressif, ça ne justifie rien», affirme France Bastien, une des deux filles de l’octogénaire.

La famille a porté plainte à la police de Trois-Rivières samedi soir et envisage également un recours civil.

Le CIUSSS s’explique

Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) affirme qu’après une première analyse, aucun intervenant n’a posé de geste inadéquat envers Guy Bastien.

Néanmoins, la direction du CIUSSS a affirmé au Journal prendre la situation au sérieux et que l’événement fera l’objet d’une «analyse interne rigoureuse».

Il a par ailleurs été confirmé qu’un médecin avait évalué M. Bastien directement au CHSLD après sa chute et que «tous les protocoles cliniques ont été bien appliqués».

Ambulance

Le président-directeur général du Conseil pour la protection des malades Paul Brunet s’explique mal que l’état de Guy Bastien n'ait pas nécessité un transport en ambulance avant l'arrivée de son fils vendredi soir.

«Ils ont des comptes à rendre, pas à peu près», dit-il, sans prendre position.

M. Brunet estime que le CHSLD aurait dû mettre cartes sur table rapidement, notamment par une rencontre entre les proches et le médecin qui l’a évalué après sa chute.

«Dites à la famille ce qui est arrivé, et prouvez-le! Tout de suite», explique-t-il.

La famille n’a pas eu d’appel du centre d'hébergement dans la journée d'hier, selon le fils de Guy Bastien.

Paul Brunet estime par ailleurs que les établissements de santé en général auraient tout intérêt à faire plus d’efforts pour montrer patte blanche.

«On se recroqueville et on se protège toute la gang pour ne pas avoir l’air fou, mais c’est pire», dit-il.