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«Dark Waters»: quand les compagnies empoisonnent tout le monde

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMi

 - Agence QMI

Le temps de «Dark Waters», Todd Haynes («Carol») nous plonge dans l’histoire vraie de l’avocat (Mark Ruffalo) qui découvre que la compagnie DuPont empoisonne les gens avec son Téflon depuis les années 1950.

On pense immédiatement à «Erin Brockovitch» en visionnant ce «Dark Water» glaçant, à la différence près que, dans ce cas-ci, nous sommes tous concernés.

Robert Bilott (Mark Ruffalo, également producteur, et dont la performance devrait lui mériter quelques nominations en cette saison de prix) est un avocat en droit commercial dans un cabinet de Cincinnati, en Ohio. Dans le cadre de son travail, il défend bon nombre de groupes industriels de chimie, dont la société DuPont. Mais tout cela change lorsque Wilbur Tennant (Bill Camp), un fermier de Virginie de l’Ouest et ami de sa grand-mère, débarque dans son bureau. Dans ses boîtes se trouvent des cassettes VHS documentant la mort de son troupeau de vaches, empoisonnées par de l’eau contaminée d’une décharge de la compagnie DuPont.

D’abord réfractaire et avec l’assentiment de Tom Terp (Tim Robbins), l’associé principal du cabinet, Robert Bilott se met au travail. Au fil de ses recherches, il découvre que depuis les années 1950, DuPont connaît les dangers mortels du Téflon et de sa fabrication, mais continue néanmoins d’en produire et d’en vendre.

En réalisateur consommé, Todd Haynes prend le temps de disséquer ce scénario de Mario Correa et Matthew Michael Carnahan, adapté de l’article «The Lawyer Who Became DuPont's Worst Nightmare» («L’avocat devenu le pire cauchemar de DuPont») paru en 2016 dans le «New York Times Magazine». Les scènes de la vie quotidienne (Anne Hathaway incarne la femme de Mark Ruffalo) sont juxtaposées aux entrevues de fermiers ou d’anciens employés de DuPont ainsi qu’à la stratégie légale de l’avocat (on trouve Bill Pullman en Harry Dietzler, avocat de DuPont), le tout étant présenté en ordre chronologique.

Il n’y a pas de temps mort dans ce long métrage de 126 minutes. Le spectateur découvre, avec une horreur grandissante jusqu’à l’épilogue coup de poing, l’étendue des ravages, tant sur la santé que sur l’environnement. En ces heures de prise de conscience globale, ce qui frappe aussi dans ce «Dark Waters» incontournable, c’est à quel point nous avons été et continuons d’être complices en achetant toujours quantité de produits antiadhésifs (incluant, oui, des vêtements).

La force de ce film est de nous confronter à ce fatalisme de consommateur qui préfère refiler la facture écologique et médicale aux générations suivantes plutôt que de se priver.

Note: 4 sur 5