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«Queen et Slim»: les nouveaux Bonnie et Clyde

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMI

Daniel Kaluuya («Get Out») et Jodie Turner-Smith deviennent des fugitifs malgré eux dans une Amérique profondément raciste pour «Queen et Slim».

Pour sa première réalisation, Melina Matsoukas (connue pour sa direction de clips musicaux, dont plusieurs de Beyoncé) a choisi ce scénario de Lena Waithe (la série «Master of None»), d’une brûlante actualité.

Queen (Jodie Turner-Smith) et Slim (Daniel Kaluuya) – qui ne sont nommés que dans le titre du film – partagent un repas après s’être choisis sur Tinder. La soirée se déroule sans feux d’artifice et c’est tout naturellement que l’homme reconduit la femme chez elle. Ils se font arrêter par un policier aussi agressif que zélé que Slim finit par tuer. Comme il n’est pas question d’appeler les autorités, le duo se réfugie chez l’oncle de Queen qui décide de les aider.

Ce périple vers le sud des États-Unis, en direction d’un homme qui possède un avion susceptible de leur faire quitter le pays, ressemble à s’y méprendre à celui du «chemin de fer souterrain» d’Harriet Tubman, destiné à faire passer au Nord les esclaves en fuite. Le parallèle n’est pas innocent. Car «Queen et Slim», c’est l’Amérique de «Black Lives Matter» («Les vies des noirs sont importantes»), des bavures policières à répétition, des noirs qui craignent pour leur vie dès qu’ils se font arrêter.

«Queen et Slim», c’est aussi une solidarité insoupçonnée, un tissu d’entraide (Chloe Sevigny fait une courte apparition) qui va permettre aux fugitifs d’arriver à destination. Mais «Queen et Slim», c’est aussi la violence qui appelle la violence, cette fascination typiquement américaine pour les armes à feu, ce besoin de dégainer le premier, ce «THUG life», ce «The Hate U Give Little Infants Fucks Everyone» brillamment mis en paroles par 2Pac.

On ne peut rester insensible à «Queen et Slim», représentation détaillée du racisme institutionnel et d’un mécanisme de survie qui ne devrait pas exister. Le long métrage de 132 minutes souffre néanmoins de longueurs et certains propos sont trop lourdement appuyés pour qu’on le qualifie d’incontournable et qu’on l’élève au même rang que le puissant «Fruitvale Station» de Ry Coogler.

Note: 3 sur 5