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Des mères doivent arrêter de travailler à cause de leur enfant allergique

Étienne Paré | Agence QMI

Courtoisie

Incapables de trouver une garderie pour leur enfant allergique, des mères de famille craignent de devoir cesser de travailler, le temps que leur petit soit assez vieux pour aller à l’école.

«Il y a cinq garderies qui m’ont revirée de bord. Je suis toujours en discussion avec sept autres garderies, mais je suis pas mal sûre que ça va être non», a confié Jessica Desbiens, qui commence à se faire du souci en pensant à la suite des choses.

Dans un mois, sa petite famille quittera Québec pour la Rive-Sud de Montréal, où son conjoint a été transféré pour le travail. Or, les deux petits derniers, qui sont intolérants à une brochette d’aliments, n’ont toujours d’endroits pour passer leur journée.

Cette impasse a un air de déjà vu pour Jessica Desbiens. Après la naissance de son premier enfant, qui souffre lui aussi d’intolérances alimentaires, elle avait eu toute la misère du monde à lui dénicher une place en garderie, tellement qu’elle avait préféré ouvrir sa propre garderie chez elle.

Elle a finalement réussi à trouver la perle rare à Québec pour ses deux cadets. Forte de son expérience au quotidien avec trois enfants qui ont des restrictions alimentaires, Mme Desbiens travaille aujourd’hui comme consultante en allergies multiples auprès de traiteurs, entre autres.

Cet emploi qu’elle aime, elle risque de devoir le mettre de côté si elle ne trouve pas une solution d’ici un mois.

«Ça fait un salaire de moins dans la maison. Comme je suis travailleuse autonome, je n’ai pas accès au chômage ni à l’aide sociale, comme mon conjoint fait assez d’argent. Je n’ai pas de porte de sortie», s’inquiète-t-elle.

Problème de formation

Ce qui la rend encore plus folle de rage, c’est que, selon elle, les éducatrices du réseau public, comme celles du réseau privé, sont mal formées aux allergies. Autrement, ses enfants ne seraient pas aussi craints, surtout qu’elle ne demande même pas à ce que des repas spéciaux soient préparés pour ses bambins, préférant les faire elle-même.

«J’ai beau leur dire, les éducatrices voient ça comme une montagne insurmontable et comme il y a une énorme demande pour des places en garderie, elles préfèrent prendre l’enfant qui n’a pas de besoins», a observé Jessica Desbiens.

Traitement différent?

Éricka Isabelle-Roy - dont le fils de deux ans est allergique au lait, aux œufs et aux arachides - a également du fil à retordre avec les garderies depuis quelques mois.

En août dernier, son établissement privé subventionné a décidé de ne pas renouveler son contrat, à deux semaines de préavis. Prise au dépourvu, elle a confié son fils à une garderie privée, même si le coût était de beaucoup supérieur.

Vendredi dernier, elle a choisi de retirer son garçon de cet endroit, ressentant la pression du personnel.

«On dirait que quand elles ont accepté, elles ne pensaient pas que ça allait être aussi compliqué. [...] Pourtant, on accommode, on assiste, on accompagne pour plein d’enfants qui ont des différences. Pour les enfants allergiques, on dirait que c’est différent», a soulevé celle qui envisage de demander un congé sans solde.

Du côté de l’Association québécoise des CPE, on indique être surpris que des femmes se retrouvent dans cette situation. On assure que dans le réseau public, les centres de la petite enfance «ont l’obligation de s’adapter» aux enfants allergiques.