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VIH-sida : des préjugés encore tenaces

Étienne Paré | Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

Bien qu’on ne meurt plus du sida en 2019 au Québec, les personnes séropositives doivent toujours faire face à des regards réprobateurs, quand elles ne sont pas carrément discriminées à cause de leur état de santé. 

«On dirait que la science a évolué plus rapidement que les mentalités», a constaté Patrice St-Amour, coordonnateur de recherche à la COCQ-SIDA, un organisme qui œuvre en sensibilisation. 

Dans le cadre de l’une de ses études, qui sera publiée dans quelques jours, M. St-Amour a par exemple observé que le tiers des gens qui sont porteurs de la maladie n’ont pas les mêmes traitements chez le dentiste que les séronégatifs. 

«Ce n’est pas normal. Avec les précautions universelles, il n’y a aucun risque de contagion chez le dentiste, a-t-il décrié. Beaucoup sont encore marqués par les images de détresse des années 80.» 

Or, la réalité a changé pour le mieux depuis. L’arrivée de la trithérapie en 1996 a permis de prolonger considérablement l’espérance de vie des personnes touchées par le virus, de sorte qu’un test positif n’est plus du tout une condamnation à mort aujourd’hui; il serait plus juste de parler d’un diagnostic de maladie chronique, comme le diabète, par exemple. 

Puis, avec la prise de médicaments, il est devenu possible de ne plus transmettre la maladie. En respectant certaines conditions, comme le port du condom, les «indétectables» ne sont d’ailleurs plus tenus de révéler leur statut à leurs partenaires sexuels. Actuellement, 92 % des séropositifs qui sont suivis par un médecin sont dans cette situation.

Une campagne de sensibilisation 

C’est donc pour remettre les pendules à l’heure que la Ville de Montréal et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal lancent ce dimanche, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, une vaste campagne publicitaire. 

«On s’est aperçu que les perceptions n’avaient pas tant changé et que les préjugés étaient une barrière pour inciter les gens à aller se faire dépister. Beaucoup de gens préfèrent ne pas le savoir», a résumé la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal et coprésidente de «Montréal, ville sans sida». 

Avec ce projet, la Ville veut faire passer le taux de personnes séropositives qui connaissent leur état de santé à 90 %. 

Or, actuellement, 14 % des gens qui sont atteints par le VIH l’ignorent. 

«Chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, on atteint nos objectifs. C’est chez les immigrants qui viennent de pays où le sida est très présent qu’il y a beaucoup de chemin à faire», a mentionné la Dre Drouin. 

Prendre la parole 

Pour changer les choses, Ken Monteith, le directeur général de la COCQ-SIDA, aimerait que davantage de personnes séropositives, comme lui, «sortent du placard». 

«Ça pourrait faire tomber certains mythes, comme quand il y a eu plus de gens qui ont révélé leur homosexualité il y a quelques années», a illustré celui qui a reçu son diagnostic en 1997. 

Grâce à la médecine, il est dorénavant en droit d’espérer vivre aussi vieux que n’importe qui. 

Toutefois, si certaines idées préconçues ne tombent pas d’ici là, ses vieux jours pourraient être moins prospères que ceux de la moyenne 

«Quand on est séropositif, une assurance vie coûte quatre fois plus cher. Comme il faut une assurance vie pour avoir une hypothèque, certaines personnes n’ont pas accès à la propriété», a dénoncé Ken Monteith, qui compte continuer de se battre pour faire évoluer les perceptions.

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