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«2019 Revue et corrigée» frappe dans le mille

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

Quoi de bon dans la cuvée 2019 de «Revue et corrigée»? De délicieux pastiches de Greta Thunberg, Catherine Dorion, Simon Jolin-Barrette et Céline Dion, Bianca Andreescu dans une comédie musicale inspirée de «Mamma Mia!» et un Patrick Bruel un peu trop entreprenant avec sa masseuse. Le tout, dans un spectacle rythmé et franchement bien ficelé.

Arrivant depuis 15 ans au début décembre, en guise d’apéro à l’offre culturelle du temps des Fêtes, la franchise «Revue et corrigée» du Théâtre du Rideau Vert est capable du pire et du meilleur.

Réjouissons-nous: l’édition 2019 de la rétrospective comique, qui vient de prendre l’affiche, relève de la deuxième catégorie.

Nouvelles imitations surprenantes et réussies (Roxane Bruneau et ses imposantes boucles d’oreilles, Émile Bilodeau, Loud, Rosalie Vaillancourt «et [sa] voix de Chipmunk», etc.), numéros fort efficaces qui rachètent quelques textes çà et là plus faibles, quelques gags redoutablement bien envoyés (la pieuvre de Safia Nolin est l’objet de certains d’entre eux), la récente mouture mise en scène par Natalie Lecompte offre un très bon survol d’une année secouée par plusieurs débats sociaux (environnement et laïcité, abordés sans gêne ici), sans réel fait saillant dominant.

Dynamique

Le dynamique enchaînement contient d’un peu de tout, principalement des clins d’œil à nos politiciens (Legault, Trudeau, Labeaume, Plante, Jolin-Barrette, Scheer, Guilbault et même Elizabeth May) et aux étoiles de la chanson et du petit écran, de Bleu Jeans Bleu à «District 31».

Chez les acteurs, toujours excellents, on retrouve avec joie l’indispensable Julie Ringuette et ses talents d’imitatrice, qui avait fait une pause de «Revue et corrigée» l’an dernier, ses vieux comparses Suzanne Champagne et Marc St-Martin (qui est partout sur scène!) et les nouveaux venus Martin Vachon et François Parenteau, qui se sont habilement intégrés.

Dès l’ouverture, on se bidonne ferme avec un segment collectif réunissant de faux Manon Massé, Valérie Plante (démesurément excitée), David Suzuki et Dominic Champagne, entonnant en descendant les allées de la salle qu’il «fait chaud en ta».

Le clou de l’entrée en matière survient avec l’apparition d’une savoureuse Greta Thunberg (parfait Marc St-Martin) dans son petit imperméable jaune, alarmiste avec ses «How Dare You?» répétitifs. «Il est temps de paniquer!», lance la gamine, pendant que la Valérie Plante de Julie Ringuette trépigne derrière.

Excuses et dragons

Sylvie Fréchette affectée par ses trop nombreuses années «à penser avec un pince-nez», Pierre Karl Péladeau qui lit à voix haute les manchettes du «Journal de Montréal», un Jean-Marc Généreux grandiloquent qui s’affole, sur le plateau de «Révolution», sur le «scandale de l’Halloween», Céline Dion vêtue comme au gala du Met avec sa coiffe de plumes, les très imbus d’eux-mêmes Jean-Philippe Wauthier et Guy A.Lepage qui se font expliquer la politique de diversité de Radio-Canada, Catherine Dorion déguisée en Chewbacca révoltée par les médias, «Alegria» qui devient «Marijuana» pour Guy Laliberté, Andrew Scheer et Stephen Harper qui se renvoient la balle dans un dialogue digne des vieilles publicités d’«Au bon marché»: bien peu de manchettes ont été oubliées. Même Éric Lapointe a droit à son petit coup de gueule.

Excellente trouvaille que ce montage vidéo saccadant excuses et «mea-culpa» d’artistes et politiciens dans les derniers mois (Justin Trudeau, Donald Trump, François Legault, Ludivine Reding).

L’échange émotif entre Gilles Duceppe et son fils Alexis Brunelle-Duceppe lors de la victoire de ce dernier aux récentes élections fédérales est revisité de façon loufoque, voire ridicule, mais qui fait mouche au parterre.

Certaines vignettes détonnent toutefois. La parodie de «Dans l’œil du dragon» avec Carole-Lyne Néron, revenant sur les déboires financiers de Caroline Néron, aurait été encore meilleure si elle avait mis en vedette des dragons des dernières saisons, et non Danièle Henkel, qui n’est plus de l’émission depuis trois ans.

Puis, André Sauvé, qui discourt ici sur Jody Wilson-Raybould, est toujours un personnage payant dans ce type de rendez-vous, mais l’humoriste a-t-il été si présent sous les projecteurs en 2019 pour qu’on lui alloue encore une caricature?

«2019 revue et corrigée» est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 4 janvier 2020, et se transportera au Capitole de Québec du 8 au 12 janvier.