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Énigmatiques photos de Kim à cheval

Agence France-Presse

Les médias nord-coréens ont de nouveau diffusé mercredi d'énigmatiques photos de Kim Jong Un montant un cheval blanc dans la neige sur une montagne sacrée de la péninsule, une mise en scène éminemment symbolique selon les experts qui rivalisent de conjectures sur sa signification. 

Certains spécialistes du régime reclus affirment que les visites du dirigeant nord-coréen sur le Mont Paektu --berceau légendaire du peuple coréen-- augurent parfois d'une annonce politique majeure. Il avait déjà été photographié en octobre montant un cheval blanc sur ce volcan endormi à la frontière avec la Chine. 

La diffusion de ces nouveaux clichés intervient alors que les négociations sur le nucléaire avec les États-Unis sont dans l'impasse. Pyongyang a donné à Washington jusqu'à la fin de l'année pour faire des concessions. 

Kim Jong Un a été notamment photographié en tête d'un groupe de cavaliers dans une forêt enneigée proche du Mont Paektu. 

On reconnaît dans ce groupe son épouse Ri Sol Ju, selon des photos diffusées par l'agence officielle KCNA. 

La symbolique de cette montagne réside dans le fait qu'elle serait le lieu de naissance légendaire du roi Tangun, petit-fils du Ciel et fondateur du premier royaume coréen. 

Mais c'est aussi là que la propagande nord-coréenne, situe la naissance du père de Kim Jong Un, Kim Jong Il, fils et successeur du fondateur du régime Kim Il Sung, dans un camp secret de la guérilla que son père commandait contre l'occupant japonais. 

Une thèse largement contestée par les historiens, qui considèrent que Kim Jong Il est né dans le village sibérien de Vyatskoye le 16 février 1941, un an avant la date avancée par Pyongyang. 

Quoi qu'il en soit, Kim Jong Un s'est rendu sur plusieurs sites historiques, selon KCNA qui ajoute qu'il a laissé «une trace sacrée sur les sites de batailles révolutionnaires» dans «la neige vierge à hauteur de genou». 

L'agence a aussi diffusé de nouvelles images du leader en manteau marron avec un col en fourrure au sommet du Mont Paektu, où il était déjà allé en octobre. 

Certains experts voient ces clichés, en un lieu emblématique historiquement très chargé, comme une façon de réaffirmer le leadership et la légitimité de M. Kim. 

Il s'y rend une à deux fois par an, et ces visites annoncent parfois un virage politique. 

Il y était allé en novembre 2013, avant la purge qui avait entraîné la chute de son puissant oncle Jang Song-thaek. Il avait gravi la montagne en décembre 2017, peu avant le début de la détente sur la péninsule qui a débouché sur son sommet historique avec le président américain Donald Trump, en juin 2018 à Singapour. 

Mardi, les médias officiels ont rapporté l'inauguration du projet de la ville nouvelle de Samjiyon, chantier que Pyongyang présente comme l'illustration de la résilience nord-coréenne face aux sanctions internationales. Et ces chevauchées de M. Kim interviennent alors que l'ultimatum nord-coréen sur le nucléaire est sur le point d'expirer. 

Kim Jong Un prononcera le 1er janvier son discours très attendu du Nouvel An. 

Les négociations sur le nucléaire sont au point mort depuis le fiasco du deuxième sommet Trump/Kim, en février à Hanoi. 

Il y a quelques jours, KCNA publiait les propos du ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Thae Song affirmant que «le cadeau de Noël que les États-Unis recevront dépendra entièrement de la décision des États-Unis». 

Mercredi, l'agence a annoncé que le comité central du Parti des travailleurs de Corée se réunirait d'ici la fin du mois «pour discuter des sujets cruciaux liés aux nécessités du développement de la révolution coréenne et aux changements intervenus en Corée et à l'étranger». 

Sur certains clichés, M. Kim est vêtu d'un imperméable de cuir noir similaire à celui qu'il portait récemment lors de l'inauguration du chantier de Samjiyon. 

Transfuge du Nord, le chercheur Ahn Chan-il affirme que les choix vestimentaires de M. Kim pourraient refléter un durcissement de sa position diplomatique. 

«Le cuir symbolise la résistance à toute épreuve au Nord», a-t-il dit à l'AFP. 

La référence à la résistance de son grand-père contre les Japonais est un message aux Nord-Coréens, pour leur dire que «son descendant Kim Jong Un est capable de faire la même chose, cette fois contre les États-Unis», poursuit-il. 

«Un scénario possible est que Pyongyang se range complètement derrière Pékin.» 

 

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