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La loi sur les chiens dangereux déçoit

Alex Drouin et Patrick Bellerose | Journal de Montréal

Trois femmes dont la vie a chaviré à la suite d’une attaque de molosses sont dépitées de la nouvelle mouture du règlement sur les chiens dangereux , qui n’est pas assez sévère selon elles.    

« Le gouvernement va continuer d’avoir du sang sur les mains, car il n’y a pas assez de prévention », peste Lise Vadnais, dont la sœur Christiane est décédée après avoir été attaquée par un chien de type pitbull à l’été 2016 à Pointe-aux-Trembles.    

Cette dernière ainsi que deux autres victimes de sauvages attaques de chiens espéraient que le gouvernement Legault soit beaucoup plus strict dans son nouveau règlement sur les chiens dangereux, qui découle de la loi adoptée par les libéraux en juin 2018.    

« Le gouvernement n’a pas pris position, mais absolument pas. Le seul changement que le gouvernement ait fait, c’est de donner plus de pouvoir aux municipalités et aux vétérinaires », déplore Dominique Alain.    

La femme de 56 ans avait été assaillie par trois chiens qui avaient échappé à leur maître le printemps dernier alors qu’elle faisait son jogging près de chez elle, à Potton, en Estrie. Elle a subi une douzaine d’opérations et ne pourra plus pratiquer son sport préféré.    

Au jugement du vétérinaire    

Mme Alain fait référence au fait que les vétérinaires pourront déclarer n’importe quelle blessure ou n’importe quelle situation qu’ils jugent problématique ou potentiellement dangereuse.    

Ils n’auront toutefois pas à signaler « toute blessure » infligée à un animal ou un humain. Ils devront seulement intervenir après qu’un chien a mordu s’ils ont « des motifs raisonnables de croire qu’il constitue un risque pour la santé ou la sécurité publique ».    

« On voulait introduire certaines formes d’appréciation puis de jugement clinique par les professionnels que sont les vétérinaires », a expliqué la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lors d’un point de presse, mercredi.    

« Donc, on confie la décision de la dangerosité d’un chien à des personnes dont la profession est de veiller au bien-être des animaux plutôt qu’à la sécurité des humains », se désole Mme Vadnais.    

« Le règlement est encore trop laxiste et ne mise pas sur la prévention », a pour sa part déploré Geneviève Piacentini, qui a été scalpée par un chien en furie l’été dernier pendant qu’elle se rendait dans une brocante, à Saint-Césaire.    

Les trois femmes voulaient que le gouvernement implante un registre provincial des morsures, un peu comme un registre des armes à feu.    

Elles insistaient aussi pour que les propriétaires de chiens soient obligés de détenir une assurance responsabilité.    

Aucune de ces demandes ne se trouve dans le règlement.    

« Une passoire »     

« C’est une passoire et il y a plein de trous », estime Dominique Alain.     

« Les règlements sont nébuleux [...] en plus de laisser beaucoup trop de place à l’interprétation », poursuit Mme Vadnais.     

L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec se réjouit de leur rôle.     

« Si les médecins vétérinaires avaient eu à rapporter tous les incidents, ça serait venu nuire à la relation de confiance entre les vétérinaires et leurs clients », souligne sa présidente, la Dre Caroline Kilsdonk.    

Ce sera à chaque municipalité de faire appliquer la loi, car chaque propriétaire de chien dangereux devra y faire enregistrer sa bête.    

Manque de ressources    

La Fédération des municipalités du Québec est préoccupée par les ressources nécessaires pour appliquer le règlement.     

À ce sujet, la ministre Guilbault souligne que les municipalités auront trois mois pour faire appliquer la loi et pourront déléguer la responsabilité « à une société protectrice des animaux ou à un autre tiers ».    

Quelques municipalités pourraient aussi se regrouper pour partager un employé chargé de l’enregistrement des chiens, fait valoir Geneviève Guilbault.     

► La Loi sur l’encadrement des chiens dangereux entrera en vigueur le 3 mars prochain.     

Ce que dit la loi    

L’euthanasie est toujours prévue pour un chien qui aura causé la mort ou une blessure grave. Une municipalité pourra faire cette euthanasie.    

Dans le cas d’une blessure plus légère, l’animal pourra être déclaré potentiellement dangereux par une municipalité. Il sera alors vacciné contre la rage, stérilisé et micropucé.     

Les citoyens devront enregistrer leur chien avant le 3 juin 2020.       

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