/news/politics

L’Assemblée nationale émue par le témoignage de Dominique Anglade

Charles Lecavalier | Journal de Québec

Devant des députés en larmes, Dominique Anglade a livré un vibrant hommage à ses parents et aux centaines de milliers d’Haïtiens dont les voix «se sont tues», fauchés par le terrible séisme qui a frappé Haïti il y a près de 10 ans. 

«Malgré la douleur, malgré la peine, malgré la souffrance, il reste encore cette volonté de bâtir des quotidiens qui ressemblent à nos rêves», a lancé l’élue libérale jeudi au salon bleu de l’Assemblée nationale. Elle citait une lettre que son père a écrite à sa mère l’année de sa naissance. Prisonnier politique, il s’était exilé au Québec dans les années 1960. 

Le parlement commémorait les 10 ans du tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a causé la mort de plus 200 000 personnes et qui a fait des centaines de milliers de blessés. 

Mme Anglade a raconté comment la tragédie l’a touchée. Ses parents, George Anglade et Mireille Neptune, étaient de passage dans leur pays d’origine le jour du séisme. Au début, elle ne s’inquiète pas, mais au fil de la soirée, elle réalise l’ampleur de la catastrophe. 

«Et je dis: Papa et maman?» 

Elle reçoit finalement l’appel fatidique de sa sœur. «Elle est incapable de me dire qui est décédé, elle est seulement capable de me dire qui vivant. Elle me dit: "untel a survécu, untel a survécu". Et je dis: "Papa et maman?" C’est à ce moment-là que je comprends que j’ai perdu, d’un coup, mon père, ma mère, mon oncle et mon cousin», a raconté Mme Anglade, qui n’a pas retenu ses larmes.    

«C’est mon histoire, mais c’est l’histoire de centaines de milliers de personnes», a-t-elle lancé. Sur le coup, la politicienne ne savait pas comment elle trouverait la force pour se relever. Mais une conversation avec sa tante, qui venait de perdre son fils, lui a redonné courage: «Elle m’a dit: "Dominique, nos morts sont morts, il va falloir qu’on les enterre. Par contre, on peut faire encore beaucoup pour les vivants"».      

«Et c’est là que je prends tout le courage et la force de dire qu’on n’a pas le droit de se laisser abattre, qu’il faut vivre nos peines, qu’on est capables d’aller plus loin et de se tenir debout pour ceux qui en ont encore besoin», a dit Mme Anglade.      

Les élus en pleurs   

Autour d’elle, les élus ne cachaient pas leur peine. En pleurs, les ministres Lionel Carmant et Nadine Girault, également d’origine haïtienne, ont traversé la chambre pour la saluer. 

En entrevue avec le Journal, Mme Anglade a expliqué pourquoi elle tenait à faire ce discours. C’était pour elle «un devoir». «J’aurais eu le choix de ne pas prendre la parole. Mais je me sens aussi une responsabilité. J’ai quand même été dans cette histoire aux premières loges, mes parents ont été les deux premiers Canadiens identifiés dans toute cette tragédie», a-t-elle expliqué. 

Elle estime que la motion adoptée à l’Assemblée nationale témoigne des liens privilégiés entre le Québec et Haïti. «C’est aussi le reflet de cette terre d’accueil qui a ouvert les bras à une communauté qui était sous un régime de dictature. Ça aussi ça parle du Québec, de notre ouverture au monde, de notre ouverture aux autres», a-t-elle dit. 

Mme Anglade croit que cette épreuve l’a transformé. «Ça m’a rendu encore plus sensible aux gens, aux causes. Peut-être que ça m’a appris également que dans l’adversité, il faut se tenir debout, et même quand les choses vont mal, tu es capable d’avoir un impact positif», a-t-elle soutenu.