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Circulaires et Publisac: une commission recommande un virage à 180 degrés

Agence QMI

GEN-PUBLISAC

Joël Lemay / Agence QMI

Les Montréalais qui désirent recevoir des circulaires à leur porte devront peut-être apposer une vignette pour signaler leur intérêt, comme le recommande la Commission permanente sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs.

Si la Ville de Montréal va de l’avant avec cette recommandation, il s’agira d’un changement complet de paradigme, alors qu’en ce moment les résidents de la métropole doivent apposer un autocollant s’ils ne veulent pas qu’on leur laisse des circulaires, notamment dans le Publisac.

Jeudi soir, la Commission a ainsi recommandé à l’administration de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, «qu’un article publicitaire puisse seulement être déposé sur une propriété si le résident l’accepte expressément (option d’adhésion ou «opt-in» (par exemple, par la présence d’un autocollant)», a-t-on précisé dans le document émanant de la consultation publique sur le contrôle des circulaires.

On suggère aussi à la Ville de bannir l’usage des emballages de plastique pour la distribution des circulaires «ou qu’ils soient remplacés par des emballages qui n’ont pas à être séparés de leur contenu pour être adéquatement recyclés».

«La volonté de protéger notre environnement et de réduire notre empreinte écologique anime un large pan de la population montréalaise, comme l’a démontré la consultation publique sur le contrôle des circulaires qui a été lancée, rappelons-le, à la suite d’une pétition signée par plus de 16 000 citoyennes et citoyens», a dit la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Ensemble Montréal, qui forme l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville, croit qu’il faut «bien encadrer la transition» si la Ville retient le modèle du «opt-in».

«Nous croyons que les circulaires sont importantes pour un grand nombre de citoyens. Nous demandons donc d'instaurer des délais raisonnables avant de passer d'un modèle à l'autre», a indiqué Francesco Miele, vice-président de la Commission et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement.

«Il faut prendre le temps d'informer les citoyens qui consultent les circulaires, souvent des aînés ou des familles à faible revenu, a-t-il poursuivi. Par ailleurs, nous devons nous assurer que Postes Canada adapte ses pratiques et respecte le nouveau modèle lorsqu'elle distribue de la publicité à Montréal. L'objectif n'est pas de favoriser une entreprise au détriment d'une autre.»

Les opposants à ces changements n’ont pas tardé à monter aux barricades. Hebdos Québec s’est dite «très déçue» des recommandations de la Commission sur l'eau, l'environnement, le développement durable et les grands parcs.

«Ce rapport est inquiétant sur la base du droit du public à l'information et de la liberté de presse. Il l'est davantage concernant les emplois rattachés à ces hebdos et au rôle socio-économique qu'ils jouent dans leur milieu», a dit Benoit Chartier, président du conseil d'administration d'Hebdos Québec.

Le groupe Métro Média, qui a racheté les journaux locaux de Transcontinental, lesquels sont distribués aux Montréalais via le Publisac, évoque la «mort annoncée d’au bas mot 10 publications sur l’île de Montréal et ce chiffre est conservateur».

Les recommandations «sont trop vagues et incomplètes pour rassurer les nombreux lecteurs des journaux locaux sur l'île de Montréal, a dit Andrew Mulé, vice-président et directeur général de Métro Média, par communiqué. Des recommandations aussi vagues démontrent que les enjeux de la presse écrite ont été peu considérés.»

M. Mulé montre du doigt celle qui vise à «soutenir le développement d'alternatives à la distribution des journaux locaux via les sacs publicitaires, notamment en offrant des espaces de diffusion réservés dans les lieux publics».

Selon lui, «ce sont des phrases creuses [...] Elles n'apportent aucune solution concrète». Il avance que les points de dépôt - elle en dispose déjà de 1000 - ne permettraient pas à eux seuls, sans distribution aux portes, de rejoindre les Montréalais.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) est d’avis que la Ville «mettrait en péril un exemple d’économie circulaire qui a fait ses preuves et qui a su innover pour améliorer son empreinte écologique en forçant la dématérialisation du Publisac, en plus de mettre à risque la diffusion de l'information régionale».

«Toutes les régions du Québec bénéficient des retombées économiques découlant d'une gestion responsable de nos ressources, et c'est aussi le cas pour Montréal. J'ai bon espoir que les autorités municipales prendront les décisions qui s'imposent pour protéger les emplois liés au Publisac», a dit Denis Lebel, président-directeur général du CIFQ.

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