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Flou autour d’une éventuelle interdiction de l'arme utilisée par Marc Lépine

Émilie Bergeron | Agence QMI

Le gouvernement Trudeau gardait le flou, au jour du 30e anniversaire du massacre de Polytechnique Montréal, sur son intention ou non d’interdire l’arme spécifique avec laquelle le tireur Marc Lépine a assassiné 14 femmes le 6 décembre 1989.

Dans son discours pour commémorer le drame, vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a précisé que les armes «du type de celle utilisée à l’école Polytechnique» seraient interdites une fois que la promesse libérale de bannir les armes d’assaut accomplie.

Son ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, n’a toutefois pas voulu dire si le modèle de carabine semi-automatique employé par Marc Lépine, le Ruger Mini-14, figurera dans la liste des armes qui seront visées par l’interdiction.

«Il y a des principes clairs qui vont être appliqués pour déterminer quelles armes [exactement] vont être incluses dans cette liste», a dit M. Blair, en évitant toutefois d'indiquer quand cette liste serait dévoilée.

«Ce que je ne veux pas précipiter, c’est que des individus s’empressent d’aller se procurer des armes avant la publication de cette liste», a-t-il fait valoir pour expliquer son refus d’être plus clair.

En campagne électorale, les troupes de Justin Trudeau ont promis d’interdire les armes d’assaut de style militaire ainsi que d'instaurer un programme de rachat pour toutes les armes d’assaut légalement acquises.

Dès la course électorale de 2015 qui les avaient menés à la tête d’un mandat majoritaire, les libéraux s'étaient engagés à prendre une série de mesures pour «débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut», peut-on lire dans leur ancienne plateforme.

Francis Langlois, un historien spécialisé sur la question des armes à feu, est d’avis que le premier ministre devra poser des gestes concrets pour démontrer qu’il est sérieux avec sa promesse électorale.

«S’il est sérieux, [Justin Trudeau] va modifier la loi et la rendre plus efficace pour identifier quel type d’armes à feu il veut sortir du marché canadien. Donc, les armes d’assaut, il [devra] définir des caractéristiques qui sont beaucoup plus probantes que de se fier à la longueur des canons pour les catégoriser.»

La force des lobbys pro-arme pourrait toutefois compliquer le travail du gouvernement minoritaire.

«Ils sont très organisés et ils ont aussi été capables de rentrer dans les partis d’opposition, le Parti conservateur, essentiellement, poursuit M. Langlois. Ils ont été vraiment forts pour réussir à se faire écouter par ces gens-là.»

Par ailleurs, la députée libérale de Brossard-Saint-Lambert, Alexandra Mendès, a mal caché sa volonté de voir le Ruger Mini-14 être retiré de la circulation beaucoup plus rapidement, à sa sortie de la première période de questions depuis l’élection du 21 octobre.

«Dans le pays diversifié que nous sommes, on ne peut pas tout faire sans brasser certaines sensibilités, mais je crois qu’il est clair que les armes semi-automatiques devraient être abolies d’utilisation pour les citoyens qui ne sont pas [impliqués dans] les forces de l’ordre», a dit l’élue de la région métropolitaine.

Elle a ajouté que le caucus libéral devait continuer de débattre sur le sujet, suggérant que tous ne s’entendent pas sur la voie à suivre. «Le caucus est à l’image du pays »,s’est-elle contentée de dire.

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