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«Le souvenir le plus douloureux, c’est le son»

TVA Nouvelles

«Un ballon qui éclate, un feu d’artifice, une porte qui claque dans un corridor, les sons sont ce qui me traumatise le plus encore aujourd’hui.» 

Trente ans jour pour jour après la tuerie antiféministe de Polytechnique, une ancienne étudiante, Nathalie Provost, est revenue sur ce qu’elle a vécu, mais aussi sur ses espoirs pour le futur. 

 «Je suis émue parce que les images que je viens de voir, ce sont des images que je n’ai jamais vues», a-t-elle dit en entrevue à LCN. 

«Ça me touche toujours parce que ce que ça montre, c’est à quel point on était bouleversé, mais aussi à quel point il y avait du monde pour essayer de nous soigner, de nous accompagner.» 

Celle qui a été grièvement blessée dans l’attaque perpétrée par Marc Lépine a expliqué que ce sont les sons qui lui rappellent le plus de souvenirs. 

«Je sens une montée d’adrénaline, le cœur bat plus vite, je me sens à l’envers. C’est le son qui est la trace la plus perceptible de ce que j’ai vécu ce jour-là», a-t-elle confié. 

Mme Provost, aujourd’hui mère de quatre enfants, dit que, 30 ans plus tard, elle va bien et se sent reconnaissante. 

«C’est comme si on était en train d’être capable de regarder tout ça ensemble et de faire face à la douleur et la tristesse ensemble. On est moins en train de dire "c’est la faute d’untel, untel n’a pas fait ça, on aurait dû appeler ça comme ça". Pour moi il y a une espèce de sérénité qu’on est en train d’atteindre ensemble», a-t-elle expliqué. 

Elle a été très émue en évoquant ses enfants qui lui ont permis de revivre pleinement après le drame. 

«L’urgence de vivre, je l’ai beaucoup vécue dans les quatre ou cinq premières années. Mais l’arrivée de la maternité m’a ramenée sur un chemin beaucoup plus serein. Mes quatre enfants ont été une grande source de vie et de réconfort. Je ne savais pas à quel point mes enfants seraient les quatre personnes qui m’ont ramenée à moi-même, à la simple et bonne vie», a-t-elle raconté. 

Quand aux leçons que la société a tirées de la tuerie, elles sont nombreuses selon elle, notamment en matière de santé mentale et de soutien aux victimes. 

Le fait aussi que le caractère antiféministe de l’attaque soit maintenant pleinement accepté est une autre leçon. 

Nathalie Provost est cependant revenue sur le fait que la société était toujours de plus en plus dure, notamment pour ceux dont la vie est déjà difficile. 

«Je continue d’avoir une pensée pour Marc Lépine. Parce que cet homme-là devait être profondément malheureux et désespéré pour commettre un geste comme ça», a-t-elle indiqué. 

«Si demain quelqu’un vivait le même désespoir et qu’il trouvait une cible pour l’accuser de son malheur, ça pourrait recommencer. On l’a vu à la mosquée (de Québec, NDLR). Qu’est-ce qu’on fait comme société pour s’aider, s’accompagner avec douceur. Ça, on n’a pas tant fait quelque chose là-dessus. Si j’en ai un rêve, c’est celui-là.»