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Polytechnique Montréal: quelle place accorde-t-on aux femmes aujourd’hui?

Myriam Lefebvre | Agence QMI

TOMA ICZKOVITS | AGENCE QMI

Plus nombreuses, bien traitées par leurs comparses masculins, valorisées par de multiples bourses et initiatives: bien que du travail reste à faire, des étudiantes de Polytechnique Montréal constatent le progrès réalisé 30 ans exactement après le féminicide du 6 décembre 1989.

«C’est sûr qu’on est là en ce moment à cause d’elles, un peu grâce à elles aussi. [...] Ce geste-là, qui a été posé contre les femmes, je pense que ça a juste redonné force aux femmes», affirme Myriam Emond, finissante en génie biomédical et coordonnatrice aux communications de l’Association étudiante de Polytechnique (AEP).

Rappelons que le 6 décembre 1989, Marc Lépine a abattu 14 femmes à Polytechnique Montréal et a blessé 14 autres personnes en moins de 20 minutes, avant de s’enlever la vie.

À l’époque, seulement 18 % des universitaires de Polytechnique Montréal étaient des femmes. Trente ans plus tard, elles représentent désormais 28 % de la population universitaire.

Conseiller au bureau d’intervention et de prévention des conflits et de la violence, Ray Daher entrevoit ce féminicide comme une rampe de lancement pour les personnes de sexe féminin.

«On avait même observé un petit boom d’inscriptions à la suite de l’attentat de 1989, donc malgré l’infinie tristesse de l’événement, ça a quand même été un facteur de motivation pour que les femmes soient plus présentes dans nos murs», a-t-il relaté.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors qu’au Québec et au Canada, on comptait respectivement 19,8 % et 21,8 % d’étudiantes en génie en 2018, Polytechnique Montréal en enregistrait près de 10 % de plus. À l’automne 2019, les femmes sont même majoritaires à 58,2 % en génie chimique et à 55,9 % en génie biomédical.

Des génies «princesses»

«Dès leur arrivée à Polytechnique, dans l’intégration, on leur (les étudiants) dit: "les femmes ce sont des princesses à Polytechnique". Ils continuent d’évoluer avec ça», a lancé Myriam Emond, sans attribuer de connotation péjorative au terme «princesse».

«On est traité comme des princesses», a rapporté aussi Hélène Delisle, étudiante de 3e année en génie industriel. «J’ai l’impression que c’est tout le bagage historique qui vient avec la profession et avec l’école qui fait en sorte que ce n’est même pas une possibilité [...] de penser qu’il y ait encore du sexisme dans les cours», a-t-elle renchéri.

Pas toujours rose

Entre les murs de l’établissement scolaire, tout n’est pas toujours rose non plus. «Il y a du travail à faire», a dit Jonathan Landry-Leclerc, étudiant en 5e année de génie mécanique et président de l’AEP.

Dans certains travaux d’équipe, certains garçons auront «naturellement tendance à vouloir mener les femmes vers un poste qui est plus lié aux communications ou au marketing, a-t-il indiqué. C’est juste une mauvaise éducation.»

«On en entend des affaires comme: "Ah! j’étais dans un projet d’équipe. Ah! OK, toi t’es la fille, tu vas faire le PowerPoint, etc.", mais je ne pense pas que c’est quelque chose qui est particulier à Poly», a dit pour sa part Hélène Delisle.

Le plus grand écart de proportion enregistré dans cette école demeure par ailleurs en génie logiciel où la répartition homme femme est de 84,3 % contre 15,7 %.

Des initiatives 100 % féminines

Sur le site web de l’établissement d’enseignement supérieur en ingénierie, une page regroupe plus de 20 initiatives et bourses destinées seulement aux dames.

«Quelqu’un qui est clairement fermé d’esprit va voir que les femmes ont plus de bourses à Polytechnique que les garçons, du moins, ce n’est pas proportionnel au pourcentage d’étudiants finalement», a dit Jonathan Landry-Leclerc.

«C’est un coup à donner pour que ça devienne la norme», a mentionné Hélène Delisle, impliquée comme vice-présidente dans le comité Poly-L, une des 20 initiatives proposées sur le site, qui fait valoir le leadership au féminin et offre des outils et des contacts aux filles de son domaine.

Ray Daher voit aussi les 30 ans de la tuerie comme une façon de souligner le chemin parcouru au masculin.

«Aujourd’hui, ce sont les hommes qui parlent. Ce ne sont plus juste les femmes qui portent leur bâton de pèlerin pour défendre leur cause, ce sont les hommes aussi», a dénoté celui qui s’estimait heureux de pouvoir s’exprimer sur le sujet, en tant qu’intervenant, mais aussi comme homme.

«De parler d’elles, c’est de parler pour nous aussi», a-t-il conclu.