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La révolution Dubé aura-t-elle lieu ?

Antoine Robitaille | Agence QMI

Ç’a été plus fort que moi, j’ai lâché un «ben voyons don’», jeudi, lors d’un entretien avec Christian Dubé, le président du Conseil du Trésor, avant de dire: «C’est une révolution!»

Le sujet peut sembler ennuyeux, la planification stratégique.

Ces beaux plans pétris de jargon, exempts d’objectifs précis, mais où l’on trouve souvent l’argumentaire pour excuser à l’avance la non-atteinte des cibles.

Résolutions du Nouvel An, version bureaucratique.

L’effort

Depuis l’an 2000, la loi sur l’administration publique, à son article 8, oblige «chaque ministère et organisme» à établir un «plan stratégique» pour plus d’une année. À l’article suivant, on détaille les six éléments que le plan doit comporter.

Mais Christian Dubé, en arrivant au pouvoir, n’était pas satisfait de ceux qu'on lui a montrés: «On [y] mesurait le processus ou l’effort plutôt que le résultat.»

Il a donc demandé à chaque ministre de refaire le boulot en dégageant «10 à 15 indicateurs» à partir desquels, publiquement, on évaluera la performance annuellement.

Treize mois après l'élection de la CAQ, ce travail a abouti et mercredi, pas moins de 19 plans stratégiques ont été déposés à l’Assemblée nationale.

PHOTO COURTOISIE


 

Méfiance

Indicateurs, cibles ou échéances: ministres et gouvernements s’en méfient habituellement comme de la peste.

Au début de l’ère Charest, le Parti libéral s’était donné un Comité de suivi des engagements électoraux qui, à tous les Conseils généraux, évaluait le degré de réalisation de chaque promesse.

En mai 2009, Jean Charest, soutenant qu’il y avait assez de gens à l'extérieur du parti qui se levaient «tous les matins pour suivre [les] engagements électoraux» du PLQ, a fait disparaître le comité.

Deux mois avant, Jacques Dupuis, alors ministre des Affaires intergouvernementales, avait eu cette phrase suave: «Un ministre qui s'engage dans des échéances est un ministre qui risque de manquer son coup.»

Rompre

Christian Dubé compte rompre avec cette culture de l’esquive. Et il est plutôt convainquant.

Il se dit appuyé par François Legault, un passionné de machins du type «contrat de performance». Le PM s’est engagé dans la révision des plans stratégiques de ses ministres et les a prévenus: «Si tu ne livres pas ça, on s’entend que j’ai le droit de changer de ministre, là!»

D’où mon «Ben voyons don’», en entrevue. Je n’étais pas au bout de mes surprises, car M. Dubé me jure que même la haute fonction publique sera sur le grill.

«Les gens vont être imputables», insiste-t-il, en soutenant que s’il y a des cibles non atteintes pendant des années dans un ministère, «il y en a qui auront des décisions à prendre [...] On va se dire : est-ce qu’on a le bon sous-ministre dans le bon ministère?»

Le public sera même invité à remettre en question les indicateurs, en proposer d’autres.

Certains vont «sentir un peu de chaleur dans leurs cous dans les prochaines années», affirme M. Dubé.

Avouez que tout cela mérite un «ben voyons don’».