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Le policier accusé a dépassé la limite

Claudia Berthiaume - Le Journal de Montréal

En copiant près de 2400 fichiers « très secrets », un policier de Longueuil a « largement dépassé les limites » et « mis à risque le système judiciaire » et l’identité d’informateurs, a plaidé la Couronne vendredi. 

Pour la poursuite, il est clair que les gestes posés par l’agent Marc-Olivier Perron ne visaient pas qu’à démontrer une faille de sécurité au Bureau d’analyse et de renseignement criminel (BARC), comme il le prétend. 

Le policier de 36 ans est accusé d’abus de confiance et d’utilisation frauduleuse de l’ordinateur d’une supérieure. 

« Le soir du 17 mars 2016, M. Perron a traversé les limites, non seulement les limites déontologiques de son travail de policier, mais il a aussi franchi la ligne criminelle. Il a mis à risque le système judiciaire », a insisté Me Geneviève Beaudin, de la Couronne. 

Miner sa crédibilité 

Dans le cadre de sa plaidoirie finale d’une durée d’environ deux heures, vendredi, la procureure a tenté de miner la vraisemblance des raisons que l’accusé a fournies pour expliquer ses gestes. 

Lorsqu’il a témoigné pour sa défense, Perron a admis avoir utilisé l’ordinateur et le mot de passe d’une sergente du BARC pour accéder à des informations sensibles. 

Il a également confirmé avoir copié près de 2400 fichiers « très secrets » sur un support USB, qui a été retrouvé à son domicile lors de son arrestation. 

Le policier a néanmoins affirmé n’avoir eu aucune intention malicieuse. Il soutient avoir agi de la sorte afin de mettre en lumière une énième brèche dans la sécurité des renseignements criminels du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). 

Par le passé, son supérieur, le lieutenant-détective Martin Valiquette lui avait d’ailleurs demandé s’il pouvait pirater le système informatique de la Ville de Longueuil, ce qu’il est parvenu à faire sans trop de mal. 

Jamais réprimandé 

Son patron lui avait également permis de poser des actes qui n’étaient « pas tout à fait légitimes », dans le but de l’aider à faire déplacer une employée aux fréquentations douteuses. 

Or, le lieutenant Valiquette était satisfait du travail de son poulain et ne l’a jamais réprimandé pour ses méthodes. 

Pour la Couronne, il y a toutefois une différence entre ces gestes commandés par la hiérarchie et ceux pour lesquels Perron subit actuellement son procès au palais de justice de Longueuil. 

« Pourquoi ne pas en avoir parlé [à ses supérieurs] après le 17 mars 2016 ? Est-ce que cela ne vous démontre pas, contrairement aux autres fois, que les intentions de M. Perron n’étaient pas bienveillantes ? » a demandé Me Beaudin au jury composé de cinq femmes et sept hommes. 

La procureure a d’ailleurs souligné à grands traits le fait que l’accusé ait éteint les lumières du bureau avant de passer à l’acte. 

« Il le savait qu’il n’avait pas d’affaire à être là et il ne voulait pas être vu, surtout à l’ordinateur [de la sergente responsable du module de contrôle des informateurs] », a soutenu la Couronne. 

Le simple fait d’apporter des informations sensibles hors des locaux du BARC mettait en péril la vie des sources du SPAL, et cela n’était nullement nécessaire pour prouver une faille de sécurité, a martelé Me Beaudin. 

 ► La juge Myriam Lachance donnera ses directives finales, mardi, et le jury sera ensuite confiné jusqu’à ce qu’il parvienne à un verdict unanime.

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