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Trouver sa voie après plusieurs métiers

Sylvie Lemieux - Le Journal de Montréal

Luc Sénéchal a pratiqué plusieurs métiers avec plus ou moins de bonheur avant de réaliser un de ses rêves : se lancer en affaires. Il a créé non pas une, mais deux entreprises, soit le café et salon de thé La brume dans mes lunettes, puis Le monde est scone, qui offre des scones surgelés vendus en épicerie. 

« J’ai bourlingué pas mal avant de trouver ma voie », dit-il. 

Il a travaillé plusieurs années comme technicien en architecture avant de tâter des communications, notamment au sein de l’équipe de Pauline Marois, ancienne première ministre du Québec. Face à la forte pression, il a décidé de faire un retour en architecture. Mais le cœur n’y était plus. 

Un concept hybride 

« J’ai téléphoné à ma mère pour lui dire que j’avais démissionné de mon job. C’est alors qu’elle m’a rappelé que j’avais déjà rêvé d’ouvrir mon restaurant et a proposé de m’aider financièrement. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à monter mon projet. » 

Son concept : un café qui est aussi un salon de thé, où il pourrait offrir le thé à l’anglaise, accompagné des classiques sandwichs au concombre, mini-bagels, scones et confitures. Une tradition anglaise qu’il a appris à apprécier lors d’un séjour d’un an en Angleterre.  

« L’Afternoon tea est peu connu et coûte souvent cher. J’ai voulu le démocratiser », explique Luc Sénéchal. 

Il a trouvé un local sur la rue Saint-Zotique, dans le quartier Rosemont-La Petite-Patrie, qu’il a aménagé lui-même.  

Pourquoi a-t-il baptisé son établissement La Brume dans mes lunettes ? « Je voulais un nom original. Cette parole d’une chanson de Beau Dommage reflète bien ma façon de voir la vie ; derrière la brume, il y a le soleil. » 

Heureux hasard, peu après l’ouverture, il a découvert que le café était situé à quelques mètres de la ruelle Beau Dommage, derrière le 6760 Saint-Vallier, adresse rendue célèbre par la chanson Tous les palmiers. 

Rapidement, La Brume dans mes lunettes a trouvé sa clientèle. Beaucoup de gens du quartier, mais aussi d’ailleurs, qui viennent pour siroter café ou thé et déguster les spécialités de la maison, les scones qui sont offerts en plusieurs saveurs salées et sucrées et qui sont tous faits à la main. 

Luc Sénéchal a alors voulu en faire profiter le plus grand nombre. En 2018, il a décidé de créer sa deuxième entreprise, Le monde est scone. 

« Le café avait atteint sa vitesse de croisière, je commençais à m’ennuyer, raconte-t-il. À l’époque, on vendait 1200 scones par mois. Cela représentait le quart du revenu mensuel du café. Je me suis dit que je tenais quelque chose... » 

Créer une deuxième entreprise 

Il a obtenu un financement de BDC et de Futurpreneur et a lancé la production de ses fameux petits pains qui sortent tout droit de la cuisine du café.  

« Pas question de fabrication mécanique, on fait encore tout à la main. » 

Ses produits sont aujourd’hui distribués un peu partout au Québec, dans plus de 80 points de vente. D’ici deux ans, il espère avoir pénétré le marché canadien. Après, il s’attaquera aux États-Unis. 

Au total, ses deux entreprises emploient une quinzaine de personnes. 

Aujourd’hui, Luc Sénéchal ne s’ennuie plus. Il se dit plus vivant que jamais, même si son quotidien est ponctué de hauts et de bas. Il a des moments d’anxiété, il ne s’en cache pas, et il se félicite d’avoir consulté un médecin pour les résoudre. 

« Comme entrepreneur, notre job, c’est de trouver des solutions aux problèmes. Mais on se retrouve souvent seul parce qu’on travaille tout le temps. J’ai vécu deux séparations, chacune au lancement de mes entreprises. Et il y a les amis qui t’appellent de moins en moins parce que tu n’es jamais disponible. » 

Malgré tout, il ne regrette rien.  

« On rencontre des gens inspirants, que ce soit des partenaires d’affaires, des fournisseurs. Sans parler des clients. Une dame m’a dit un jour qu’elle venait au café parce que sa fille, récemment décédée, aimait l’endroit. Elle avait l’impression de la retrouver un peu. Ce sont des moments comme ceux-là qui nous font continuer... » 

Son parcours 

Luc Sénéchal, 39 ans

  • Baccalauréat en relations internationales et droit international, UQAM, 2006 
  • Technicien en architecture, Lemay, 2012 à 2015 
  • Fondateur de La Brume dans mes lunettes, 2015, et de Le monde est scone, 2018  

UNE DE NOS MEILLEURES DÉCISIONS  

  • « De me faire confiance pour aller au bout de mon ambition. Cela m’a demandé de l’abnégation, de faire des choix, comme de faire moins d’argent pour un temps. J’ai appris à vivre autrement. »   

UNE DE NOS PIRES DÉCISIONS  

  • « De sauter à pieds joints dans la création d’une deuxième entreprise. J’ai sous-évalué le travail que cela allait demander et surévalué mon enthousiasme. »