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Une interdiction du Publisac ferait mal à Transcontinental

Sylvain Larocque - Le Journal de Montréal

Après avoir perdu la première manche à Montréal, Transcontinental se tourne vers le gouvernement Legault pour sauver le Publisac, qui génère beaucoup d’activités dans ses imprimeries québécoises.  

Des élus montréalais ont recommandé jeudi à l’administration de Valérie Plante d’interdire la distribution automatique de circulaires. Si la recommandation était adoptée, seuls les citoyens qui le souhaitent recevraient des publicités.  

Pour Transcontinental, il s’agit d’un revers cuisant. L’entreprise mène depuis plusieurs mois une intense campagne publicitaire, notamment sur les réseaux sociaux, pour influencer l’opinion publique.  

Huit lobbyistes  

Transcontinental a également retenu les services de huit lobbyistes, dont cinq sont chargés de faire pression directement sur le gouvernement, notamment le ministère de l’Économie et le ministère des Affaires municipales. En octobre, le premier ministre François Legault a reçu les grands patrons de Transcontinental, de Cascades et de Résolu pour discuter, entre autres, du Publisac.  

Le PDG de Transcontinental, François Olivier, se dit « très déçu » de la décision des élus montréalais, la qualifiant d’« insensible », d’« incohérente » et d’« impraticable ».  

Il note que selon un sondage réalisé en juillet à la demande de la Ville de Montréal, 87 % des résidents qui reçoivent des circulaires les consultent, notamment des personnes à faible revenu et des gens âgés.  

20 800 tonnes de papier  

« On peut-tu laisser les citoyens choisir ? a lancé hier M. Olivier au Journal. Le système actuel permet aux citoyens qui disent “le Publisac, c’est ben effrayant, ça pollue la planète, s’il n’y a plus de Publisac, tout va bien aller à Montréal en environnement...”, eh bien, ils ont juste à prendre le téléphone ou à aller sur notre site web [pour se désinscrire]. Ça prend une minute. »  

Selon la Ville, les circulaires distribuées génèrent 20 800 tonnes de papier chaque année, ce qui représente environ 11 % des matières traitées par les centres de tri montréalais.  

M. Olivier déplore que les élus de la métropole se soient limités à recommander à la Ville de demander à Postes Canada d’adopter le modèle de distribution par consentement (« opt-in ») pour les dépliants publicitaires, plutôt que de le lui imposer.  

Le dirigeant n’a pas voulu dévoiler combien de revenus le Publisac représente pour Transcontinental, indiquant toutefois que l’impression et la distribution de ce produit faisaient travailler 4500 personnes au Québec.  

Millions de dollars en jeu  

« Sur 3 milliards $ [de revenus annuels pour Transcontinental], ce n’est pas un chiffre astronomique, mais c’est interrelié à plusieurs affaires. Donc, si [le Publisac] n’est pas là, au Québec, ça va être des centaines de millions de dollars de valeur économique qui vont être détruits. »  

Selon le sondage mené pour la Ville de Montréal, près de la moitié des citoyens qui affichent leur refus de recevoir des circulaires disent quand même en recevoir.   

« L’option de retrait est perfectible », admet la présidente du conseil d’administration de Transcontinental, Isabelle Marcoux.  

Transcontinental refuse toutefois d’envoyer gratuitement, à l’ensemble des foyers, un autocollant indiquant le refus de recevoir le Publisac. Pour en obtenir un, les citoyens doivent contacter l’entreprise ou leur municipalité.  

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec et Hebdos Québec ont également dénoncé la décision des élus montréalais, vendredi.  

Le publisac en bref     

  • Distribué dans trois millions de foyers au Québec  
  • Environ 4500 emplois chez Transcontinental et ses sous-traitants  
  • 400 tonnes de déchets par semaine à Montréal    

  

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