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Sauvée par sa passion pour les abeilles

Geneviève Quessy - Le Journal de Montréal

GENEVIÈVE QUESSY

Une femme de Lanaudière en est persuadée, c’est sa passion naissante pour les abeilles qui l’a aidée à traverser l’épreuve du cancer.

Sandra Gareau et son conjoint Martin Blais vivaient depuis 10 ans avec leurs deux garçons sur leur ferme de Saint-Esprit. « On avait des chevaux, mais on n’en vivait pas. Martin travaillait en construction et j’étais à la maison pour m’occuper des enfants », raconte Sandra Gareau.

Sur la ferme qu’ils avaient achetée en 2004, presque abandonnée, il y avait aussi un verger de pommiers, et quelques ruches qui n’intéressaient pas Sandra. « Je n’avais pas de formation et j’avais peur. Je laissais Martin s’occuper de ça. »

Puis, du jour au lendemain, Sandra Gareau apprend qu’elle souffre d’un cancer du côlon. « La première chose que je me suis dite c’est qu’il fallait que je reste positive. Je voulais que personne ne le sache, je n’avais pas envie d’être prise en pitié. »

Les traitements de chimiothérapie ont commencé. Chaque semaine,elle devait se rendre à l’hôpital. Puis un matin, la détresse a fait son chemin. « Je me souviens que j’étais dans la voiture, et une chanson s’est mise à jouer qui disait “Où est-ce que je suis, qui je suis, où je m’en vais”, quelque chose comme ça. C’est là que j’ai réalisé que je n’avais pas les réponses à ces questions. Je n’avais pas fait d’études, je n’avais fait que m’occuper des autres dans ma vie. Je me sentais comme si je n’étais rien et que je n’allais nulle part. »

La piqûre des abeilles

Une grosse remise en question s’est amorcée. « Martin m’a suggéré de prendre du pollen de nos abeilles pour soutenir mon énergie. Je crois vraiment que c’est ce qui m’a aidée à faire mes journées. Puis je me suis mise à suivre Martin quand il allait aux ruches. »

Sandra Gareau venait de se découvrir une nouvelle passion : les abeilles. « À partir de là, j’ai commencé un AEC en apiculture par correspondance. Pendant les six heures à l’hôpital, où j’étais branchée à ne rien faire, à recevoir de la chimiothérapie dans le cœur à partir d’une boîte dans mon bras, j’en profitais pour étudier. Je mettais mes écouteurs et je plongeais dans mes livres. »

Après un an de chimiothérapie, le cancer a régressé et Sandra Gareau a appris qu’elle était en rémission. « Il a quand même fallu que je me fasse enlever l’utérus, car j’étais en hémorragie. La chimio m’avait toute déséquilibrée. » Si elle n’est pas tombée en dépression, Sandra Gareau pense que c’est grâce à son projet de devenir apicultrice. « Enfin, je savais où je m’en allais. »

Rapidement, la jeune femme a mis son cancer derrière. Non seulement elle mord maintenant dans la vie, mais la violente remise en question que la maladie a provoquée chez elle lui a permis de trouver sa voie.

Épanouie

« Aujourd’hui, je sais qui je suis. Je suis apicultrice et je suis appréciée dans mon domaine. J’adore mon métier. » En plus d’être plus épanouie, elle se sent également apaisée. « Moi qui n’étais pas zen du tout, les abeilles m’ont appris à me calmer et à profiter du moment. Si tu es le moindrement nerveux, les abeilles te le rappellent et elles te piquent ! »

Elle qui n’arrivait pas à faire un exposé devant la classe, voilà qu’elle donne des conférences dans les écoles. « Je parle de ce que j’aime et j’y vais avec mon cœur. Je me sens beaucoup plus épanouie qu’avant. »

Ses fils Timothé, 15 ans, et Billy-Joe, 18 ans, s’intéressent maintenant aux moutons. « Peut-être qu’on les gardera avec nous sur la ferme et qu’on pourra tous en vivre, » espère Sandra Gareau.