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Le Québec en retard sur la cybersécurité

Arnaud Koenig-Soutière - Le Journal de Québec

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Les gouvernements risquent de devenir dépendants des puissances étrangères comme Google et la Chine s’ils n’agissent pas au plus vite pour assurer la protection des données personnelles, avertit le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.

Les nombreuses fuites de données des derniers mois, dont celle chez Desjardins qui a pratiquement touché tous ses clients, doivent servir d’avertissements sérieux et mener à des protections plus rigoureuses selon lui. «Globalement, il y a un certain retard au Québec et au Canada», note celui qui a notamment comme mandat de conseiller le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

C’est cette urgence qui l’a convaincu de participer à l’élaboration d’un livre blanc sur la cybersécurité avec des experts et des chercheurs. Le verdict, c’est qu’«il ne faut pas tarder» pour agir, lance M. Quirion.

Dans ce livre blanc, des acteurs privés et publics recommandent au gouvernement de faire de la protection des données un «enjeu économique stratégique et incontournable». Ils mettent à l’avant-plan la technologie de la chaîne de blocs, ou blockchain (voir encadré), pour y arriver.

«Coffre-fort»

Le scientifique en chef compare cette nouvelle technologie à un «coffre-fort difficile à percer». La meilleure, actuellement, pour protéger des données personnelles selon lui. «Les technologies se développent très rapidement. Souvent, c’est un peu plus long pour un gouvernement de réagir», estime l’ancien chercheur en neurosciences, qui occupe la fonction de scientifique en chef depuis 2011.

«On est toujours en réaction, et moins en avant de la parade. Ce serait bien qu’avec la recherche et l’innovation, on puisse mieux voir venir les coups et conseiller nos gouvernements en conséquence», dit-il.

Dépendance

Le risque pour le Québec, si le statu quo persiste, est de se placer dans une situation de dépendance face aux géants du web et aux puissances étrangères, craint Rémi Quirion. Les pays européens, la Chine et la Corée du Sud ont déjà investi «des milliards» de dollars pour se doter d’une protection technologique plus solide, pointe-t-il. Si le retard se creuse avec le reste du monde, les données personnelles des Québécois n’auront pas d’autres choix que ces initiatives étrangères pour être stockées.

Des initiatives parlementaires sont en cours au sein de différents ministères pour resserrer le cadre législatif, souligne M. Quirion. Mais la solution repose sur une charge plus large, menée de concert par l’administration publique et les entités privées, selon lui.

«Si on n’attend beaucoup trop, ça va être l’équivalent des Google de ce monde qui vont tout contrôler, prévient-il. C’est d’être capable de contrôler notre destinée, par exemple, pour les données dans le secteur de la santé. C’est important que ce soit contrôlé par nous, de chez nous, et que l’on construise des modèles qui répondent à nos besoins.»

Qu’est-ce que la chaîne de blocs?

C’est une base de données. La différence est que plutôt qu’être stockée au même endroit, l’information est fragmentée dans différents ordinateurs. Ces blocs d’information sont interreliés, d’où le nom «chaîne de blocs» (blockchain en anglais). Ce cryptage serait plus difficile à décoder et placerait les données personnelles en plus grande sécurité. Contrairement à une base de données traditionnelle, la chaîne de blocs ne peut pas être altérée.

Quelques propositions dans le livre blanc

-Mettre sur pied un comité permanent d’experts

-Investir dans la recherche

-Émettre des subventions pour la main-d’œuvre spécialisée 

-Mener des projets pilotes pour développer la chaîne de blocs, «en s’inspirant» du gouvernement fédéral

Source : Livre blanc «Registres distribués, l’évolution de la chaîne de blocs»